Un Plan Biodiversité pour re-lier les territoires

© Paris.fr

Entretien avec Fabienne Giboudeaux, Conseillère de Paris, Adjointe au maire de Paris chargée des espaces verts.  

 

Le Plan Biodiversité de Paris, qu’est-ce que c’est exactement ? Pouvez-vous-nous le présenter ?

La biodiversité connaît une diminution sans précédent. Or sans biodiversité il n’y a plus de vie possible sur terre.  Sa sauvegarde constitue donc l’un des enjeux majeurs du 21ème siècle, au même titre que le changement climatique. Or aussi modeste que puisse être la biodiversité urbaine à l’échelle de la planète, les villes, où plus de 50% de l’humanité – 75% de la population en France – vit désormais, sont un levier essentiel pour lutter contre son recul accéléré.

Le succès de ce combat passera donc par une réduction de l’empreinte des villes, de Paris sur la biodiversité sur son propre territoire bien sûr, en y renforçant la place de la nature, contribution au mieux-être de la biodiversité globale. Mais aussi au-delà de son territoire, via notamment une politique des achats adaptée avec le développement de filières courtes, pour l’approvisionnement alimentaire par exemple.

Cet objectif exigera de convaincre les Parisiennes et les Parisiens, de l’importance des enjeux et du bien-fondé de l’action engagée. Or, quel meilleur support de persuasion qu’une nature proche, épanouie et valorisée compte tenu des nombreux services dont elle est à l’origine ?

La présence d’arbres et d’espaces verts participe en effet à la lutte contre les îlots de chaleur, à la fixation des polluants atmosphériques et valorise les quartiers qui en bénéficient. La nature et la biodiversité intéressent, elles suscitent curiosité et dialogue, elles sont donc vectrices de lien social, contribuant au bon fonctionnement de la cité. La végétation et la présence d’animaux en ville créent un lien immédiat et quotidien à la nature et participent à la conscience environnementale des citadins.

L’enjeu est également de rendre la nature accessible au plus grand nombre car les espaces verts de proximité s’avèrent être le seul lien à la nature pour les personnes à faibles revenus. Renforcer la nature en ville répond donc aussi un objectif de justice sociale.

Le Plan Biodiversité de Paris, c’est la conclusion d’un processus de co-construction lancé au printemps 2010 avec des ateliers qui ont réuni plus de 300 personnes (responsables municipaux, entreprises, associations, scientifiques, architectes, paysagistes, urbanistes, etc.) ce qui a permis de favoriser une véritable approche transversale des sujets traités. 95 propositions d’actions sont sorties de cette démarche participative et ont été réunies dans le Livre Blanc de la biodiversité à Paris, publié en octobre 2010. Le Plan Biodiversité de Paris s’est aussi nourri d’une part des travaux prospectifs menés dans le cadre des ateliers PLU sur « la nature à Paris et la biodiversité » de l’automne 2009 et d’autre part des travaux menés par l’APUR « Une trame verte pour le centre de l’agglomération » en 2003 et « Situation et perspectives de la nature à Paris » en 2010-2011.

Le Plan Biodiversité a enfin été élaboré de façon itérative avec l’APUR et l’ensemble des directions concernées de la Ville, chacune apportant les éléments et les engagements relevant de son domaine de compétence. Il se compose de trois chapitres : renforcer les continuités écologiques, mieux intégrer la biodiversité dans le développement durable de Paris et développer et fédérer la connaissance à travers la création de l’Observatoire de la biodiversité.

Le Plan Biodiversité ne concerne-t-il que Paris ? 

La biodiversité ne s’arrête évidemment pas aux  frontières administratives. Sa sauvegarde nécessite une articulation des politiques de l’ensemble de la métropole tout particulièrement pour favoriser la circulation des espèces via des corridors biologiques performants (les trames vertes et bleues), la fragmentation des territoires étant un des principaux facteurs expliquant l’appauvrissement de la biodiversité.

Le Plan veut donc s’inscrire dans une démarche métropolitaine en s’appuyant sur  le Schéma Régional de Cohérence Ecologique d’Ile-de-France mais aussi sur des protocoles de coopération avec les collectivités riveraines. Il est important de souligner que ces protocoles ne sont pas une nouveauté mais sont déjà en œuvre. L’intégration de la biodiversité dans ces plans pourra donc se faire à l’occasion de leur révision.

A titre d’exemple on peut mentionner le protocole de coopération entre Paris et le département de la Seine-et-Marne (77) signé en 2011. Ou le protocole de coopération entre Paris et Montreuil (93) qui fait actuellement l’objet de propositions en ce sens.

Le Plan voit également plus loin. Paris travaille à la création d’un label à vocation nationale en matière de gestion respectueuse de l’environnement des espaces verts (parcs et jardins mais également cimetières, campings, terrains sportifs, etc.) avec 8 autres collectivités (Besançon, Lille, Lyon, Marseille, Montpellier, Nantes, Orléans, Rennes) et de grands réseaux professionnels (AITF, CNFPT, etc.). Le label EcoJardin s’appliquera à tous les espaces verts ouverts au public gérés de façon écologique et deviendra donc un moteur pour promouvoir ce mode de gestion.

Pouvez-vous nous donner quelques exemples concrets illustrant les domaines dans lesquels la coopération entre la Ville de Paris et les territoires voisins est indispensable ?

L’idée générale du Plan Biodiversité de Paris est le renforcement des continuités écologiques. On peut mentionner trois grands sujets : La Seine, les canaux et la ceinture verte.

La Seine est une voie de migration naturelle pour de nombreux oiseaux, chauves-souris et poissons, un vecteur pour le transport des graines mais aussi un couloir de déplacement important permettant aux animaux de rejoindre d’autres espaces. A contrario, la Seine constitue une rupture écologique pour d’autres espèces comme les mammifères qui ne peuvent la traverser, ou pour certains poissons qui ne peuvent franchir les barrages et les écluses. Les projets porteront notamment sur l’amélioration de la qualité de l’eau et la restauration des milieux. Un exemple très concret : l’installation de boudins végétalisés sur les berges peut constituer des zones de refuge pour les  oiseaux et de frayère pour les poissons. L’aménagement des voies sur berges participera ainsi à la valorisation de ce corridor qu’est la Seine et à son lien aux trames vertes parisiennes.

Les canaux comme le canal de l’Ourcq, le canal Saint-Martin et le canal Saint-Denis… Ce sont des corridors écologiques entre Paris et les espaces naturels régionaux… Ils seront préservés grâce à des modes d’entretien différenciés, en évitant tout rejet polluant, en traitant les berges de façon à favoriser les relations entre les milieux terrestre et aquatique, en végétalisant les berges chaque fois que cela est possible (les trames bleues sont aussi des trames vertes!) ou encore en les connectant aux espaces de nature voisins (autres milieux aquatiques, espaces verts, etc.).

Enfin, on peut mentionner l’objectif de renforcement de la ceinture verte parisienne. Ce vaste anneau constitué entre autres par la Petite Ceinture et par les talus du boulevard périphérique est une véritable interface entre les espaces de nature du territoire parisien et les espaces relais des collectivités voisines. Le Plan Biodiversité de Paris souhaite les réaménager dans une perspective de connexion aux zones sources de la biodiversité de la région.

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