Jean-Marie Le Guen : « Sarkozy nous a volé le feu du Grand Paris »

© Le Monde. Béatrice Jérôme

Député PS de la 9e circonscription de Paris, Jean-Marie Le Guen est adjoint au maire de Paris, chargé de la santé.

De quoi la gauche parisienne a-t-elle besoin ?

Jean-Marie Le Guen :Les Parisiens nous apprécient parce que nous restons en mouvement. Nous ne pouvons pas nous contenter d’appliquer le programme sur lequel nous avons été réélus en 2008. La crise est là et la droite parisienne ne gardera pas longtemps cette image minimale et caricaturale. Nous avons les acquis d’une bonne gestion, d’une rupture politique et morale avec la droite chiraquo-tibériste, mais nous devons porter une vision pour le Paris de 2020.

Il y a un défaut de projet collectif des socialistes et de la gauche en général sur le grand Paris. Or, il y a urgence absolue à construire le grand Paris pour répondre à la crise du logement et à la relégation des banlieues. Nous devons donner les mêmes droits aux habitants de la métropole. La dimension de cette question justifie qu’elle soit portée par notre candidat à la présidentielle.

La cohésion sociale et le développement de la région capitale sont indispensables au dynamisme de notre pays. Il faut mettre en œuvre une vraie solidarité financière dès 2012 au niveau de l’agglomération et installer un conseil du Grand Paris élu au suffrage direct avant 2020. S’il fallait pour surmonter les blocages de certains, imaginer un référendum, pourquoi pas ?

Nicolas Sarkozy a-t-il récupéré le thème du Grand Paris ?

Bertrand Delanoë a rompu d’une façon remarquable avec l’isolationnisme de Paris vis- à-vis de la banlieue, il a opéré un travail d’apaisement de diplomatie et d’initiatives dans les rapports entre la capitale et ses voisins. Mais devant le dynamisme de la gauche, Nicolas Sarkozy a surenchéri à partir de 2007. La captation du mot Grand Paris par le président de la République nous a neutralisés. On s’est fait voler le feu. Il faut qu’on récupère le talisman du Grand Paris !

Initié par M.Delanoë, Paris-Métropole fédère 150 élus d’Ile-de-France. N’est-ce pas la bonne méthode ?

Paris Métropole est un succès! Il porte symboliquement l’idée métropolitaine mais ce n’est qu’un syndicat d’études. Je doute qu’il devienne un lieu de décision ou par exemple Patrick Devedjian, président (UMP) du conseil général des Hauts de Seine, qui y siège, consentirait à ce que le 92 paie son écot à la solidarité avec la Seine-Saint-Denis. Il faut une loi qui fonde cette solidarité, et demain une nouvelle collectivité.

Roland-Garros à Paris, est-ce indispensable ?
On ne doit pas mener une politique en limitant notre vision à Paris-ville. Voir partirRoland Garros me gênerait si c’était mauvais pour l’agglomération et mauvais pour le tennis. Que je sache, Personne ne pense que Flushing Meadows n’est pas àNew York sous prétexte que ce n’est pas à Manhattan. Personne ne sait que Wimbledon n’est pas dans le cœur de Londres. Faut-il que dans un triangle d’or parisien, il y ait le top du foot, du tennis et du rugby pour que les Parisiens vivent bien ? Cela n’a rien d’évident.

Quand M. Delanoë se bat contre le départ de grandes écoles parisiennes à Saclay, n’est-il pas dans son rôle ?

Je doute que le projet de concentrer à Saclay des pans entiers de la recherche soit une bonne chose. Mais je doute aussi que la recherche puisse être améliorée en la limitant à Paris intra-muros. Je propose, par exemple, que le ministère de la santé s’installe dans le Val-de-Marne à côté du grand pôle de recherche pharmaceutique. De la même façon, je dénonce l’installation du ministère de la Défense dans le 15e arrondissement et de la Maison de l’histoire de France dans le 3e. Ces deux décisions de M.Sarkozy vont totalement à l’encontre des beaux discours sur le Grand Paris.

Bertrand Delanoë trouve « étonnant » que vous appeliez à « un second souffle »la majorité municipale alors que vous faites partie de son équipe.

Dès les années 90 Bertrand Delanoë et moi avons travaillé ensemble pour faire gagner la gauche à Paris. Ce n’est pas mon mentor. Il m’a soutenu pour être à la tête de la fédération de Paris comme je l’ai soutenu pour être président du groupe. On a eu et on a beaucoup d’accords et quelques désaccords. Il est notoire que j’ai d’abord soutenu la candidature de Dominique Strauss-Kahn à la mairie de Paris puis quand elle n’a plus été possible, je me suis mis en retrait.
Seriez-vous candidat en 2014? Ce n’est pas un présupposé pour moi. Je crois à la cohésion urbaine, à la ville, à la métropole. J’ai l’intention de mener et de porter ce combat. Je verrai si je suis en situation d’incarner pleinement ce projet pour faire gagner la gauche en 2014.

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