Sarkozy, soutien capital à Pécresse

© Libération, Nicolas Cori

Convoquées à l’Elysée, les têtes de liste UMP sont priées de s’emparer du Grand Paris.

Sa candidature prend l’eau, mais sa péniche de campagne affiche complet. Hier matin, tous les membres de la « dream team » de Valérie Pécresse étaient présents devant la presse dans le bateau qui lui sert de QG. Ils sortaient d’une réunion avec Nicolas Sarkozy, qui les a exhortés à l’union à deux semaines du scrutin régional. Les têtes de liste étaient donc toutes là : Chantal Jouanno, Nathalie Kosciusko-Morizet, Yves Jégo… De simples candidats comme David Douillet ou Roger Karoutchi avaient fait le déplacement ainsi que Frédéric Lefebvre, porte-parole de l’UMP. Les journalistes avaient été conviés la veille pour entendre parler du Grand Paris.

Solennité. Officiellement, le Président avait convoqué Pécresse et ses colistiers pour évoquer les « sujets de fond »et « faire le point » sur une campagne qui lui « tient à cœur ». En fait, il s’agissait de remettre de l’ordre au sein d’une droite malmenée par les sondages et divisée depuis l’affaire Soumaré. Pour donner une solennité particulière, Sarkozy avait fait venir à l’Elysée François Fillon, le secrétaire général de l’UMP, Xavier Bertrand, ainsi que ses principaux collaborateurs (Claude Guéant, Henri Guaino, Catherine Pégard, etc.).

Le résultat sera-t-il atteint ? Hier, la démonstration d’unité a bien eu lieu devant les journalistes. Mais elle était totalement décalée. Sans peur du ridicule, Valérie Pécresse développe le côté « visionnaire et nécessaire » du Grand Paris. Chantal Jouanno parle d’un « pont végétalisé à Tolbiac », et Nathalie Kosciusko-Morizet, de l’emploi en Essonne… Tous entonnent le refrain du « tout va pour le mieux dans le meilleur du monde » dans cette campagne. « C’est parce que ça marche que Valérie Pécresse est attaquée de toutes parts », assure Lefebvre. « Valérie Pécresse est un bon chef de guerre », claironne Santini. « L’unité ne fait pas défaut », renchérit Yves Jégo.

Seule référence à la polémique, Pécresse convient que le Président a « dit que le rassemblement doit être sans faille derrière la tête de liste ». A l’Elysée, on est plus loquace. « Le Président a rappelé que l’union était indispensable, raconte un proche de Sarkozy. Que toute l’énergie doit être déployée pour le premier tour. La droite a de la chance d’avoir une liste d’union et le deuxième tour sera une nouvelle campagne. » Selon un élu de la majorité, ce message d’union a même pris la forme d’une menace : « Quand on attaque Valérie Pécresse, c’est moi qu’on attaque, et je ne l’accepterai pas », a déclaré Sarkozy, avant d’ajouter, selon un autre participant : « Le problème n’est pas de savoir si vous vous aimez ou pas. On est tous dans le même bateau. Il faut vous rassembler jusqu’à la fin de la campagne. Encore deux ou trois semaines ! » Et, faisant allusion à la mauvaise volonté prêtée à Roger Karoutchi, candidat malheureux pour conduire la liste, il lance : « Personne n’a été empêché de se présenter. Valérie Pécresse a gagné et c’est notre candidate. »

Photo Laurent Troude

climat tendu. Mais selon l’Elysée, la réunion a surtout porté sur les questions de fond : sécurité, transports et Grand Paris. Sarkozy a monopolisé la parole pour présenter sa vision de l’avenir de la capitale. Il a fortement conseillé aux candidats de s’approprier ce thème : « Parlez du Grand Paris, débattez-en ! La gauche ne le fait pas »,a-t-il lancé. Vu le climat tendu, le Président semble avoir tout fait pour éviter les sujets délicats. Quelqu’un évoque le cas d’Eric Raoult, proche de Roger Karoutchi, qui dénonçait il y a quelques jours « une campagne amateur » sans « patronne », et « déjà perdue » ? Il écarte le sujet. De même quand Xavier Bertrand veut parler d’une déclaration d’Yves Jégo remettant en cause la direction de l’UMP, il lance : « Il n’est pas question d’évoquer les polémiques, et on ne parlera pas de l’affaire Soumaré. »

Ce vrai-faux recadrage a, en tout cas, été du goût des adversaires de l’UMP. Jean-Christophe Cambadélis (PS) a déclaré que la convocation de Pécresse était « le signe que sa campagne était en perdition ». Les jeunes du Modem, eux, sont venus sonner à l’Elysée pour remettre à Valérie Pécresse le « bonnet d’âne du mauvais élève de la campagne ». Mais personne ne les a reçus.

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