Pécresse, détresse francilienne

© Libération, Alain Auffray

Plus personne ne mise sur la candidate UMP aux régionales en Ile-de-France, qui prétendait ringardiser le socialiste Jean-Paul Huchon et incarner le renouveau de la droite dans la région capitale.

Ce matin, à l’Elysée, Nicolas Sarkozy tente de sauver du naufrage la dream team déprimée qu’il a lui-même recrutée pour conquérir l’Ile-de-France. Aujourd’hui désespérée, la droite a cru la victoire possible, au moins le temps d’une photo. C’était en novembre : quatre jeunes ministres posaient, pour Paris Match, devant le Panthéon. Une page d’histoire était sur le point de s’écrire. Deux quadragénaires – Valérie Pécresse et Chantal Jouanno – et deux trentenaires – Rama Yade, Nathalie Kosciusko-Morizet – s’apprêtaient à ringardiser le socialiste Jean-Paul Huchon, l’obscur sexagénaire qui gouverne en toute discrétion, depuis douze ans, la région capitale.

Trois mois plus tard, la machine de guerre est en miettes. Les colistiers de Valérie Pécresse ne veulent surtout pas être associés à une défaite annoncée. S’ils font encore campagne, c’est moins pour gagner en Ile-de-France que pour préparer leurs propres rendez-vous électoraux. Rama Yade se bat à Colombes, où elle espère se faire élire député en 2012. Jouanno veut s’imposer, à Paris, comme une figure incontournable de l’après-Delanoë. Et l’Ile-de-France, en 2010 ? Plus personne, dans la majorité, ne parie un centime sur un succès dans cette région où la gauche gouverne six départements sur huit et 60% des villes. L’an dernier, pourtant, l’optimisme était encore de mise.

Héroïne. Dans la foulée de l’intense bataille interne pour la désignation du candidat de l’UMP, on se disait, à droite, que « la dynamique » était du côté de Pécresse. La ministre de l’Enseignement supérieur avait bataillé plus de six mois pour éliminer Roger Karoutchi, chef de l’opposition de droite au conseil régional. La jeune ministre avait tout à gagner et pas grand-chose à perdre. En cas de victoire le 21 mars, elle deviendrait l’héroïne de sa famille politique, celle qui a réussi là où échouèrent Edouard Balladur en 1998 et Jean-François Copé en 2004. En cas de défaite honorable, elle empocherait le bénéfice d’une forte notoriété et rejoindrait le petit club de ceux qui peuvent prétendre compter, à droite, dans l’après-Sarkozy.

Mais la défaite sera-t-elle honorable ? A deux semaines du scrutin, le doute s’est installé. Alors qu’elle devait incarner une droite moderne et décomplexée, Pécresse s’est laissée enfermer dans une campagne caricaturale, à l’image des attaques contre le « délinquant multirécidiviste chevronné » Ali Soumaré.

Si la campagne n’a pas démarré, c’est d’abord parce que l’UMP n’a pas su traiter les blessures de la primaire Pécresse-Karoutchi. Le candidat malheureux avait le soutient d’une écrasante majorité d’élus et de cadres de l’UMP. A l’image du député de Seine-Saint-Denis, Eric Raoult, beaucoup ne se sont jamais remis de cette défaite : « A leurs yeux, Valérie n’a jamais été légitime », se désole un animateur de l’équipe de campagne. Quand ils critiquent la stratégie de Pécresse, les « karoutchistes » s’en donnent à cœur joie. « Elle se présente comme la candidate de la vie quotidienne. Mais avec ce discours, elle n’intéresse personne ! Il fallait parler du Grand Paris, défendre des projets ambitieux. Il fallait faire du Sarkozy », s’emporte un candidat de la liste parisienne. Dans l’équipe de Pécresse, on ne décolère pas contre « l’entreprise de déstabilisation » orchestrée par les amis de Karoutchi. Premier monté du doigt : le site internet Lesindiscrets, qui distille chaque jour des sondages calamiteux et des informations démoralisantes pour la droite francilienne. Il se trouve que le conseiller national de l’UMP David-Xavier Weiss, très proche de Karoutchi, est l’un des principaux actionnaires de ce site…

Mais les amis de Karoutchi ne sont pas seuls responsables du fiasco. Un élu UMP de Paris souligne que Pécresse s’est mise dans une contradiction fatale : « Elle prétend vendre aux Franciliens un casting de rêve, mais elle fait tout pour que ses colistières ne lui fassent pas d’ombre. » C’est ainsi que la candidate n’a pas voulu de Yade comme tête de liste à Paris, hypothèse pourtant étudiée par l’Elysée. Dans la capitale, la très populaire ministre des Sports risquait de trop prendre la lumière. C’est donc la consensuelle Jouanno qui conduit la liste. Mais de manière un peu trop autonome aux yeux de Pécresse. Un jour, la secrétaire d’Etat à l’Ecologie fait savoir qu’elle n’a rien contre l’adoption pour les couples homosexuels. Le lendemain, elle lance l’idée d’un « Grenelle de Paris ». Jouanno et Pécresse ont eu une explication très vive le mardi 9 février, lors de leur réunion hebdo au QG de campagne.

Duel piteux. Les cadres parisiens de l’UMP ont choisi leur camp : ils ne tarissent pas d’éloge sur « Chantal, une fille formidable, que cette campagne aura au moins eu le mérite de faire émerger ». Proche du Premier ministre, cet élu de la capitale n’est pas le seul à militer en faveur d’un « ticket Fillon-Jouanno » pour la conquête de la mairie de Paris, la campagne régionale n’étant plus qu’une sorte de tour de chauffe. « Les comptes se régleront le 22 mars », menace un élu francilien exaspéré. Si Sarkozy n’y met pas bon ordre aujourd’hui, la bataille d’Ile-de-France pourrait s’achever comme elle avait commencé : par un piteux duel Pécresse-Karoutchi pour la présidence du groupe d’opposition au conseil régional.


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