Grand Paris : prises de bec à gauche

© Libération, Sibylle Vincendon

Ville . Les élus collaborant avec le secrétaire d’Etat au Développement sont critiqués par leurs camarades.

Il paraît qu’on ne dîne pas avec le diable, fût-ce avec une grande cuillère. Christian Blanc, le secrétaire d’Etat au Développement de la région capitale, n’est certes pas le diable mais, dans l’agglomération parisienne, certains élus sont déjà autour de la table avec lui, à distance de cuillère à café. Et comme ces élus sont bien souvent de gauche, ces collaborations créent des remous dans leur famille politique.

« Paradoxe ». Aujourd’hui se réunit à Evry le syndicat mixte Paris Métropole, créé à l’initiative de la municipalité parisienne. Réunion délicate. De quoi s’agit-il ? Des « clusters » que veut développer Christian Blanc sur le trajet de son grand métro automatique. La loi qui le lance n’est pas encore votée (le Sénat vient de commencer ses auditions), mais Blanc travaille déjà en direct avec certaines villes, en traçant de vastes périmètres qui les regroupent d’autorité. A sa manière.

La méthode n’est « pas de facture traditionnelle », résume le communiste Patrick Braouezec, président de la communauté d’agglomération Plaine commune, en Seine-Saint-Denis. « Blanc et son équipe travaillent en direct avec les communes en squeezant les représentants de l’Etat et de la région, ce qui n’est pas sans inconvénients », poursuit-il. Il admet que cela pose des problèmes de lisibilité, en particulier à l’égard des populations qui ne savent rien de ce qui se trame et que « ça ne peut pas durer comme ça éternellement ».

Mais face à ses collègues qui lui reprochent d’avoir accepté d’emblée de discuter avec le secrétaire d’Etat alors que ce dernier méprisait Paris Métropole et tentait d’imposer une loi brutale pour les élus locaux, Braouezec revendique l’occasion à saisir. « Ce n’est pas de l’opportunisme. Le paradoxe, c’est que quand nous avons commencé à réfléchir sur la Plaine-Saint-Denis, il y a vingt-cinq ans, nous sommes allés voir Pierre Bérégovoy qui était Premier ministre et cela n’a jamais débouché. »

L’opportunité à ne pas laisser passer, Claude Dilain, maire socialiste de Clichy-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis, la défend lui aussi. Le secrétaire d’Etat a placé Clichy-Montfermeil sur le tracé du futur métro. Et il a fait à la commune l’honneur d’y tenir son premier déjeuner de presse fin janvier. A la sortie, Dilain admettait qu’il avait dû se justifier auprès de ses camarades socialistes d’avoir topé avec l’Etat. Mais, disait-il, « cela fait trente ans que nous attendons un désenclavement qu’on nous promet et qu’on ne voit jamais venir ». Il accepte de prendre le risque de croire à une promesse de plus.

« Compromis ». Reste le cas de Paris. Les représentants de la capitale iront à la réunion d’Evry d’assez mauvaise humeur. L’Etat, écrit Pierre Mansat, adjoint communiste de Bertrand Delanoë à la métropole dans un texte de préparation, procède à « une juxtaposition de compromis locaux » qui pourraient « isoler Paris ». Le Grand Paris, pour lui, « est devenu l’art de gérer les situations acquises et de surfer sur les revendications catégorielles ». De diviser pour mieux régner ?

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