Valérie Pécresse : « Mon rôle est d’humaniser le Grand Paris »

© Le Monde, propos recueilli par Françoise Fressoz, Béatrice Jérome et Sophie Landrin

Tête de liste UMP en Ile-de-France, la ministre de la recherche fustige l’immobilisme de la région.

Alors que l’UMP présente ses têtes de listes aux régionales, Valérie Pécresse est déjà en campagne en Ile-de- France. Une région phare où le projet de Grand Paris, proposé par Nicolas Sarkozy va peser lourd. Pour affronter le président socialiste sortant Jean-Paul Huchon, la ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche compte notamment sur la rivalité entre le Parti socialiste et les Verts et la faiblesse du FN.

La période est difficile pour Nicolas Sarkozy. Doit-il s’impliquer dans la campagne ?

Ce n’est pas dans son caractère d’être un observateur. Il aime l’action, il ne peut pas rester complètement en dehors d’une élection cruciale pour le pays. En Ile-de-France, son soutien m’est indispensable pour renouveler les idées et les personnes.

Sur votre liste figurent quatre membres du gouvernement : Chantal Jouanno, Nathalie Kosciusco Morizet, RamaYade et vous-même. Ne prenez-vous pas le risque d’un vote sanction ?

Si l’élection se joue uniquement sur une logique pour ou contre le gouvernement, ma personne suffit pour cristalliser l’opposition ! Mon souci a été de trouver des talents et de renouveler profondément.

Vous souhaitiez que Rama Yade conduise la liste dans le Val-d’Oise. Elle sera finalement candidate dans les Hauts-de-Seine, comme elle le demandait. C’est un désavoeu ?

Non c’est une décision collective. Elle me va parfaitement. Je souhaitais que Rama Yade, que j’ai choisie comme porte-parole, soit tête de liste, dans le souci de réaliser la parité, avec quatre femmes en tête dans quatre départements. Je lui avais proposé le Val-d’Oise. Elle préfère rester dans les Hauts-de-Seine, où elle est élue, sans être tête de liste. C’est un choix qui a sa cohérence.

Elle a encore osé dire non au président de la République. C’est comme ça qu’on s’impose ?

Pour moi, la seule chose qui compte c’est qu’elle soit mobilisée et heureuse dans cette campagne.

Est-il opportun de parler sécurité et immigration comme le fait aujourd’hui l’UMP?

Ce qui fait monter les extrêmes c’est de ne pas parler des sujets qui préoccupent les Français.

Alain Juppé explique que ce n’est pas la priorité…

A Bordeaux, peut être pas mais en Ile-de-France ce sont des sujets qui comptent. Quand vous voyez les socialistes et les Verts s’empoigner au Conseil de Paris sur la vidéo-protection, vous savez que la sécurité est un vrai sujet.

Sur quoi allez-vous faire campagne ?

Sur la vie quotidienne avec des réponses extrêmement concrètes, des crèches en gare, des lycées ouverts 7 jours sur 7 et jusqu’à 22 heures pour pouvoir proposer des locaux et des infrastructures sportives aux associations. Je veux démontrer que quand la région veut, elle peut. Avec M. Huchon, nous avons trop attendu un plan de relance régional, c’est l’Etat qui a tout fait. J’ai vu les impôts régionaux augmenter de 60 %, pourquoi faire ? Il a fallu que le président de la République intervienne en personne pour que les usagers du RER A qui sont 1 million à se presser chaque matin voient enfin arriver des rames à deux étages.

Vous parlez vie quotidienne mais ce dont tout le monde débat aujourd’hui c’est du Grand Paris. Vous ne vous sentez pas marginalisée ?

Au contraire. Mon rôle est d’humaniser le projet.

Vous adhérez vraiment au projet de Christian Blanc ?

Le Grand Paris c’est le projet visionnaire pour notre territoire, à la fois économique, social, architectural et écologique, que Paris et la région Ile-de-France ont été incapables de concevoir. Il ne se résume pas à la révolution des transports. Les Franciliens sont tous en initiative et les structures administratives territoriales bloquent. Je me suis battue contre l’équipe de M. Delanaoë parce que je voulais installer un campus de recherche d’excellence à Aubervilliers. Les élus parisiens socialistes m’ont dit :  » Vous ne ferez pas Harvard à Aubervilliers « . Je leur ai répondu :  » Pourquoi ? Parce que c’est du mauvais côté du périphérique ?  » Il faut surmonter ces barrières artificielles. C’est ça le Grand Paris.

Le gouvernement prévoit d’instaurer un scrutin à un tour pour l’élection des futurs conseillers territoriaux. C’est pour favoriser l’UMP qui n’a pas de réserve de voix au second tour ?

Tout l’intérêt d’un scrutin à un tour, c’est qu’il oblige à dire au départ quel sera son projet. C’est la garantie de l’action à l’arrivée. C’est ce que nous faisons avec notre allié le Nouveau Centre, conduit par André Santini. A l’inverse, entre M. Huchon et Mme Duflot, c’est un faux divorce. Nous savons qu’ils seront ensemble au second tour. Mais personne ne sait quel sera leur programme. Ils vont mettre en scène leur réconciliation, signer un compromis de la dernière heure qui sera la garantie de l’inaction.

Est-ce crédible de faire campagne contre la hausse de la fiscalité des régions de gauche tout en proposant un métro en Ile-de-France qui va coûter 21 milliards ?

On est tout de même en droit de se demander ce qu’ont fait les régions socialistes de la hausse de la fiscalité de 400 millions d’euros ces dernières années ! Un rapport de la chambre régionale des comptes sur la formation professionnelle constate que le budget régional de la formation professionnelle a augmenté de 30 % en soulignant le saupoudrage, l’opacité et l’absence d’évaluation de ces dépenses. C’est pourquoi je prends l’engagement de stabiliser les impôts.

Comment ferez-vous ?

Il faut mieux gérer les crédits et évaluer systématiquement les politiques. Par exemple, nous proposons que la région mette à disposition des familles et des associations les locaux des lycées qui sont sa propriété.

Qui, de M. Huchon ou de Mme Duflot, est votre adversaire principal ?

C’est le même adversaire. Ils étaient ensemble au départ, ils seront ensemble à l’arrivée.

Et le MoDem ?

Il faudrait qu’il arrête d’avancer masqué, qu’il dise clairement aux électeurs s’il apportera ses voix au second tour à la gauche. Un certain nombre d’électeurs centristes ne se retrouveront pas dans un discours antisarkozyste primaire mais se reconnaîtront dans notre projet concret.

Le discours écologique de Nicolas Sarkozy ne risque-t-il pas de favoriser les Verts?

Nous n’avons pas la même politique. Je suis pour la croissance verte, Mme Duflot est pour la décroissance. Je suis pour le véhicule électrique, Mme Duflot est contre la voiture individuelle. Les Verts freinent tous les projets en Ile-de-France, les projets de construction de logements, comme ceux d’infrastructure.

Avec quelle majorité gouvernerez-vous ?

Je ferai une majorité de projet. Si des personnalités de gauche se retrouvent sur notre métro du futur reliant les banlieues qu’ils nous rejoignent.

Resterez-vous au gouvernement jusqu’à la fin de la campagne ?

C’est au président d’en décider. J’ai une réforme à mener. Je ne me déroberai pas au moment où le grand emprunt ouvre les perspectives d’un nouvel âge d’or pour la recherche française. Je remplirai ma mission de ministre à 100 %.

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