(Re)positionner la métropole parisienne sur l’agenda politique de la réforme territoriale

@ Blog des urbanistes , 15 Novembre 2009

Le Grand Paris des urbanistes s’est créé, à l’initiative du réseau de l’Institut d’Urbanisme de Paris (Urba+), pour exprimer le point de vue singulier d’une profession, l’urbanisme, sur un sujet politique, le Grand Paris. Dès l’annonce du Ministère de la Culture sur le lancement de la consultation sur le Grand Pari(s) de l’agglomération parisienne, nous avions fait part de notre perplexité sur la légitimité de l’attelage formé par l’Etat et des architectes pour réfléchir à « un diagnostic prospectif de la métropole à horizon 2030 ». Certains urbanistes, comme Jean-Marc Offner ou Marc Wiel, avaient vivement contesté cette approche, et pour cause: le Grand Paris n’est pas affaire de maquette d’architecture, c’est une question de « management territorial » et de structuration d’opérateurs locaux pour la définition et la mise en oeuvre de politiques de développement urbain cohérentes.
Le déficit d’intercommunalité en Île-de-France explique largement l’absence de tels opérateurs du développement urbain au sein la métropole parisienne, à même d’exercer un rôle de régulation sur les marchés du foncier et du logement.
Nous avons depuis publié les analyses de Marc Wiel sur la fameuse consultation. Bien aidé par les nombreux urbanistes « engagés » dans les 10 équipes, la consultation a certes produit des résultats intéressants et constructifs, finalement assez proches de ceux du SDRIF, mais (logiquement) muets sur la question de la gouvernance. Et pourtant, selon l’urbaniste Marc Wiel, « il devient nécessaire de mettre au point des fiscalités de la mobilité et des localisations qui jouent un rôle de régulation, afin de pouvoir lutter contre les excès de concentration des entreprises et de ségrégation sociale de l’habitat ». Mais « l’incapacité du système institutionnel à mutualiser des moyens financiers pour harmoniser les politiques d’aménagement et de déplacements » nourrit les mécanismes fonciers de la ségrégation. D’où, selon lui, l’urgente nécessité de réformer la gouvernance de la métropole parisienne.
La séquence re-centralisatrice qui fait suite au débouché de cette consultation nous donne aujourd’hui raison : l’exposition de la Cité de l’architecture et du patrimoine a constitué une belle diversion; une belle opération de com’ pour amuser les gogos, pendant que dans les officines de l’Hôtel de Roquelaure et de Matignon on préparait quelques mauvais coups…
Qu’ils soient en phase ou en désaccord avec le Ministre chargé du développement de la région capitale, cette poignée de stars de l’architecture n’a aucune qualification et aucune légitimité spécifique pour conduire « les réflexions politiques sur le changement ». La décentralisation, certes largement inadaptée au cadre francilien, est passée par là. Et in fine, la médiatisation de ces architectes s’exprimant pour 10 millions de métropolitains et en lieu et place des centaines d’urbanistes exerçant aujourd’hui dans les collectivités locales d’Île-de-France, constitue un désaveu cinglant pour notre profession mais surtout pour la démocratie locale.
L’examen du projet de loi sur le Grand Paris, qui vient juste d’être adopté en commission à l’Assemblée nationale, démontre également que le problème du financement de la rocade de métro a totalement occulté celui de la cohérence territoriale de l’urbanisme. La société du Grand Paris et ses établissements publics d’Etat constituent certes un anachronisme et une dérive techno-jacobine, mais le statut quo institutionnel des 300 communes et des logiques départementales ne plaide pas vraiment en faveur de l’émergence d’autorités organisatrices locales de l’urbanisme.
Là où les urbanistes peuvent donc apporter leur plus-value, c’est dans un positionnement sur l’agenda politique des recompositions territoriales. Sur ce terrain des mutations institutionnelles, ils peuvent faire prévaloir leurs convictions et leurs compétences pour une véritable aide à la décision politique, au service des élus locaux : organisation politique des bassins d’emploi, gestion des mobilités urbaines, réintégration des infrastructures métropolitaines dans le débat public et dans les exercices de planification locale, déploiement optimal de l’intercommunalité et renforcement de ses prérogatives dans le domaine du droit des sols, de l’intervention foncière, de l’habitat et des déplacements locaux, promotion d’un Schéma de Cohérence Territoriale pour le coeur de la métropole,… autant de débats qui ne trouvent pour l’instant leur place ni sur les grandes ondes médiatiques, ni sur les agendas politiques du Gouvernement (pas de chapitre parisien dans le projet de réforme territoriale) et de la Région (pas de plan B pour remplacer le SDRIF).
Dans ces conditions, Paris Métropole peut-il encore se permettre de raisonner à « gouvernance constante »? Assurément non, car le bouclage de la carte de l’intercommunalité à horizon 2014 est une des mesures phares du projet de loi de réforme des collectivités locales et concerne l’ensemble du territoire national. Paris Métropole va t-il prendre position sur les conditions d’achèvement et d’optimisation de la carte de l’intercommunalité en Île-de-France et proposer lui-même un schéma global d’organisation pour le coeur de la métropole ou attendre que le Préfet de Région remette de l’ordre ?
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