Hidalgo: « J’ai un grand rêve pour Paris »

© Le JDD.fr, 25.09.2009, Bertrand Gréco

La première adjointe au maire chargée de l’urbanisme confie au JDD ses projets pour le Paris de demain, son voeu de limiter les camions en ville. Et la succession de Bertrand Delanoë.

Vous allez faire voter cette semaine au Conseil de Paris une modification du Plan local d’urbanisme (PLU). Quelles conséquences concrètes pour les Parisiens?
Ce projet de modification du PLU voté en 2006 comporte deux enjeux majeurs: 1) ajouter des parcelles dédiées au logement social, afin d’atteindre plus vite notre objectif de 40.000 logements sociaux dans la mandature; 2) faciliter la mise en œuvre du Plan climat _voté à l’unanimité en octobre 2007, avant même le Grenelle de l’environnement_ qui vise à diminuer de 25 à 30% les gaz à effet de serre à horizon 2020.

Le Plan climat est-il bloqué par les règles d’urbanisme depuis deux ans?
Je dirais plutôt freiné. Beaucoup de choses ont été faites; les éco-quartiers fonctionnent très bien. Pour les constructions nouvelles (logements, crèches, écoles…), en termes de consommation d’énergie, l’exigence de 50 kwh/m² est scrupuleusement respectée. En revanche, sur le bâti existant, c’est plus compliqué: certaines règles d’urbanisme empêchent d’atteindre l’objectif de 80 kwh/m². Si vous installez des panneaux photovoltaïques ou des petites éoliennes sur le toit d’un immeuble, vous augmentez la hauteur du bâtiment, ce qui n’est pas toujours autorisé. Même chose pour les isolations extérieures ou les végétalisations de façades, qui vous obligent à épaissir l’immeuble.

A quand les premières éoliennes sur les toits de Paris?
Ça va aller très vite, à partir du moment où on pourra dire « maintenant, c’est possible ». Cette modification du PLU le permettra. Denis Baupin [adjoint Vert à l’environnement] avait été un peu moqué quand il avait lancé cette idée de petites éoliennes sur les toits ou sur le mobilier urbain. En fait, il était en avance. Quant aux panneaux solaires, le contrat de mandature prévoit 200.000 m² de toitures photovoltaïques. Là aussi, ça va aller vite. La plupart des projets architecturaux qui nous sont soumis intègrent désormais des panneaux solaires, en façade ou en toiture.

Dans dix ans, Paris vu du ciel aura donc un visage très différent?
Je le pense. D’autant que j’ai un grand rêve, bien accueilli par Bertrand Delanoë et les bailleurs sociaux: je souhaite créer des toitures végétalisées au sommet des immeubles du parc social -les HLM aux toits plats des années 1960-70- pour en faire des terrasses partagées. Ces espaces verts suspendus s’inspireront des jardins partagés, créés à la fin de la première mandature. L’idée consiste à récupérer un espace mal utilisé au cœur des cités HLM, un parking par exemple, pour le transformer en potager, géré par une association de locataires. Partant de cette expérience très réussie, je me suis mise à rêver, inspirée par le travail des dix équipes d’architectes sur le Grand Paris, Jean Nouvel en particulier. Et je me suis dis: pourquoi ne ferait-on pas la même chose en hauteur?

Qu’imaginez-vous concrètement?
J’imagine des lieux de convivialité et de partage, des petits cafés associatifs, des transats, avec des vues exceptionnelles sur Paris… La Ville ou le bailleur pourrait subventionner l’achat de la terre, du matériel de jardinage, des cabanes de jardin. Et les habitants s’organiseront, ils feront pousser leurs fleurs, leurs salades, leurs tomates, ils s’échangeront leurs produits, créant ainsi du lien social. Ce projet porte la ville écologique qu’on veut bâtir. Je veux le réaliser à grande échelle. Pour toutes les constructions nouvelles, je demande déjà aux architectes d’intégrer de telles terrasses en toiture. Pour le parc social existant, la direction de l’urbanisme examine les possibilités en tenant compte des règles d’accessibilité et de sécurité. Puis on recensera tous les immeubles aménageables. Il y a beaucoup d’espaces à conquérir au sommet de Paris. C’est ma conviction!

Et pour le parc privé?
Quand on voit les logements sociaux qui se construisent aujourd’hui à Paris, on peut parler d’audace architecturale. La Ville accompagne cette audace. Et on constate que le secteur privé, qui a toujours été un peu plus prudent, a tendance à suivre et se lâche désormais. Il y a un effet d’entraînement. Ce que certains ont appelé « l’architecture de promoteurs » a tendance à disparaître à Paris. C’est formidable.

Vous prévoyez aussi d’accroître le nombre d’espaces verts au sol?
On va ajouter 12 espaces verts protégés, soit 1,28 hectare, aux 30 hectares déjà retenus sur cette mandature. Ce n’est pas rien, 1,28 hectare dans une ville dense comme la notre! Citons, par exemple, le jardin de l’Hôtel Lambert (4e), celui du musée Antoine Bourdel (15e), un jardin partagé rue Saint-Blaise (20e). A chaque fois, il s’agit de toutes petites parcelles -de 100 ou 300 m²- qu’on a sanctuarisées. Ces terrains, privés ou publics, seront désormais inconstructibles, ils resteront à jamais des espaces verts. Leur superficie cumulée interviendra dans le bilan carbone de la Ville et dans la diminution des gaz à effet de serre.

Concernant le logement social, où se situent les nouvelles parcelles réservées et à qui appartiennent-elles?
On a réalisé un travail très fin, arrondissement par arrondissement, pour repérer des terrains en cours de mutation ou susceptibles de muter dans les années qui viennent. On passera ainsi de 107 parcelles réservées à 196. Le but est d’anticiper la spéculation foncière, au profit de ceux qui ne peuvent pas se payer un logement à 5000, 6.000, voire 13.000 € le m². Le jour où le propriétaire vendra sa parcelle, 50% ou à 100% de logement sociaux y seront construits. Cela permettra de produire plus de 4.000 logements supplémentaires, dont 2600 logements sociaux. Certains de ces terrains appartiennent à l’Etat ou à des établissements publics: SNCF, RFF, RATP, EDF, AP-HP… Dans le 7e, on a identifié des immeubles de la Poste, contestés par Rachida Dati, qui n’est pas contre les logements sociaux sauf dans son arrondissement. D’autres parcelles appartiennent à des institutions ou à des congrégations. Sans compter les nombreux garages et concessions, car on a remarqué que 25% d’entre eux avaient fermé leurs portes entre 2001 et 2007. On anticipe les comportements, on est à l’affût.

Le PLU contient aussi un volet «sauvegarde du patrimoine». Quels bâtiments emblématiques souhaitez-vous protéger?
On a profité de cette modification pour ajouter 89 nouvelles protections patrimoniales au 5.000 votées en 2006. Cette protection engage le propriétaire à ne pas détruire et à mettre en valeur son bien. Il ne s’agit pas de monuments classés -on ne concurrence pas les Monuments historiques-, mais de bâtiments que la Ville souhaite préserver. Beaucoup relèvent de l’histoire industrielle et sociale de Paris, qui n’avaient pas été considérés comme dignes d’intérêt jusque là, à l’instar de la Maison des Métallos (11e). On a donc recensé des gares de la petite ceinture: celle de Montrouge, avenue du Général-Leclerc (14e), ou de l’avenue de Saint-Ouen (18e). On retrouve aussi des hôtels particuliers, rue Léonard-de-Vinci (16e), rue de la Tours (16e). Des églises: Saint-Joseph, rue Saint-Maur (11e), Notre-Dame de la Gare, place Jeanne d’Arc (13e), Notre-Dame de l’Assomption (16e). Mais aussi des bâtiments typiques d’une page d’histoire de l’architecture du XXe siècle, comme le 65, bd de Grenelle (15e) ou le 50, rue Borrégo (20e).

Comment protégez-vous les petits commerces, notamment de bouche?
Le préfet de région avait contesté différentes mesures du PLU de 2006, dont la protection de linéaires de rues commerçantes et artisanales. Finalement, la cours d’appel nous a donné raison. La modification du PLU nous permet d’ajouter un peu plus de 2 kilomètres au 250 existants: rue de Rivoli (1er), rue Raymond-Losserand (14e) ou Cambronne (15e). L’idée est d’empêcher les commerces de bouches, boucheries ou les fromageries, d’être transformées en agence bancaire ou en boutique de fringues, quand le commerçant part à la retraite et vend son fond.

Vous n’abordez pas la question des tours?
Ce sera à l’ordre du jour du prochain conseil de Paris, en octobre, au cours duquel nous nous pencherons sur l’aménagement du site Clichy-Batignolles (17e). Suite à la décision du président de la République -qu’on avait d’ailleurs suggérée- d’y installer la cité judiciaire et la PJ, on a bien avancé la négociation avec l’Etat. Cela nous oblige à revoir le programme de ce nouveau quartier, en conservant la volonté de produire de nombreux logements, dont 50% de privés et 50% de sociaux. En même temps, on doit lancer une procédure de modification du PLU pour permettre la construction du TGI, qui serait un immeuble de grande hauteur, au-delà du plafond de 37 mètres. Aujourd’hui, l’Etat imagine un bâtiment d’environ 130 mètres de haut.

La maire du 17e, Brigitte Kuster (UMP), demande à la Ville de confier ce projet aux architectes qui ont travaillé sur le Grand Paris…
Peut-être a-t-elle l’obsession de bloquer la production de logements sociaux? La dynamique est en marche, on a fait des réunions publiques, on a mis en place des ateliers participatifs des habitants… On ne décide pas comme ça de confier un projet aux architectes du Grand Paris. Il y a un code des marchés publics à respecter. La Ville va plutôt demander à ces dix équipes d’architectes de plancher sur la question de la place de la nature dans la ville, sur la végétalisation des balcons et des terrasses (ce qui rejoint mon projet de jardins suspendus). De même, il est question que le syndicat Paris Métropole les fasse plancher sur certains projets de territoires dans l’agglomération.

Le groupe UMP demande à Bertrand Delanoë la mise en place d’un péage urbain. Qu’en pensez-vous?
Le maire de Paris a toujours considéré qu’un péage urbain à l’entrée de Paris pénaliserait d’abord les habitants de la métropole. Dans le Grand Londres, ce n’est d’ailleurs pas ce qui a été le plus réussi. On ne peut pas à la fois construire Paris Métropole ou le Grand Paris et mettre des frontières aux entrées de la capitale. En revanche, nous sommes favorables à la limitation des entrées de camions dans l’agglomération. Et on continue à réfléchir à la manière dont on peut limiter encore la circulation automobile dans le cœur de la capitale. De même, comme l’a annoncé le maire, on a engagé une réflexion sur la reconquête d’un certain nombre de voies sur berge jusqu’ici laissées à la voiture.

Le projet de loi visant à créer une Société du Grand Paris sera présenté en conseil des ministres le 7 octobre. C’est la guerre entre le gouvernement et la gauche d’Ile-de-France?
La position des élus d’Ile-de-France dépasse les clivages partisans. Paris Métropole s’est réuni vendredi à Neuilly-sur-Seine dans une ambiance très constructive. Ce n’est pas un problème gauche-droite. Des élus comme Patrick Ollier (UMP) expriment un désaccord assez profond avec le projet du gouvernement, très éloigné de la lettre et de l’esprit du discours du président de la République du 29 avril. La méthode de Christian Blanc [secrétaire d’Etat au développement de la région capitale] est autoritaire et sans concertation. Elle porte les germes d’un système où la démocratie locale est totalement niée. Cette «Société», détenue majoritairement par l’Etat, serait compétente en matière d’aménagement et d’urbanisme autour des gares. Elle pourrait exproprier les propriétaires pour valoriser le foncier, afin de financer les infrastructures de transport. Les communes et leurs habitants ne pourraient ni s’opposer ni avoir une vision du développement de leur territoire. Et puis, la carte des infrastructures de transport n’a même pas été discutée.

Les Verts parisiens ne semblent pas sur la même longueur d’onde que vous sur le Grand Paris…
Ils ont voulu exprimer leur propre point de vue en présentant leur vœu, de leur côté, au conseil de Paris. Le vœu de Bertrand Delanoë, cosigné par les groupes PS, PRG, MRC et PC, converge en partie avec le leur. Mais il y a, dans la proposition des Verts, un aspect extrêmement inquiétant auquel nous ne pouvons souscrire: ils réclament le démantèlement de Paris! Ils veulent une intercommunalité dans laquelle les arrondissements deviendraient des communes de plein exercice, ce qui impliquerait la fin de l’unité de Paris, la fin de la solidarité entre les arrondissements. Cela aboutirait à l’impossibilité de construire du logement social dans les arrondissements de droite.

Serez-vous candidate à la succession de Bertrand Delanoë, ainsi que lui-même le laisse entendre?
Mon engagement pour Paris est total. Mais ne comptez pas sur moi pour faire, en 2009, ma déclaration de candidature à la mairie de Paris pour 2014. J’ai le sens du temps et de l’action.

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