Le Grand Paris rêvé de Nicolas Sarkozy

Charles Jaigu ,© Le Figaro

Le projet emblématique du quinquennat a été présenté mercredi en Conseil des ministres.

«Je ne veux pas que le projet du Grand Paris soit pollué par des considérations annexes», a prévenu Nicolas Sarkozy, mercredi, en Conseil des ministres. La remarque visait les tiraillements au sein de son gouvernement sur ce projet cher à son cœur et non la polémique naissante lancée par Marine Le Pen contre Frédéric Mitterrand – elle lui reproche son livre confession sur ses amours avec de «jeunes hommes» – qui ont largement «pollué» le débat ces derniers jours. Une polémique qui faisait suite aux réactions du ministre de la Culture sur l’interpellation de Roman Polanski en Suisse.

Pour Nicolas Sarkozy, l’essentiel était bien de souligner l’importance du Grand Paris, le «geste culturel» du président. Un projet qui est, depuis le début, «la pyramide du Louvre de Nicolas Sarkozy», comme le dit son entourage. Ou encore son «Musée des arts premiers». Projet pharaonique, dont le plan de charge court sur au moins deux décennies, le Grand Paris est parasité par des «considérations annexes».

Ainsi le clash entre le premier ministre François Fillon et son secrétaire d’État, Christian Blanc. Ce dernier a présenté mercredi les grandes lignes du projet sous le regard «aussi neutre que possible», de François Fillon, note un participant au Conseil des ministres. Le premier ministre s’est d’ailleurs contenté hier d’un commentaire lapidaire, tout en précisant, au passage, qu’il fallait «respecter les collectivités locales». Cette remarque visait bien sûr Christian Blanc, auquel il reproche d’avoir voulu adopter sa méthode jacobine et «expéditive» pour écarter de la décision le maquis des élus locaux qui sont aux yeux de l’ancien préfet rocardien autant d’empêcheurs de tourner en rond.

Nicolas Sarkozy sait bien la difficulté du dossier, l’entrelacs des intérêts contradictoires, mais il considère que l’ambition du Grand Paris est emblématique de son quinquennat. «Nous en avons tellement besoin, quand Londres, New York, Shanghaï, et toutes les grandes métropoles du monde doublent de volume», a-t-il ajouté mercredi, pendant le Conseil des ministres. «Nous savons bien que les finances de l’État ne pourront pas faire sortir de terre le grand métro francilien dont rêve le président», commente un conseiller du premier ministre. «Il faudra faire appel aux financements des élus locaux, et vingt-huit ans après la décentralisation, il est difficile de ne pas les associer», conclut ce dernier.

«Remobiliser le pays autour de nouvelles cathédrales»

C’est à l’occasion d’une rencontre avec plusieurs architectes, en novembre 2007, que Nicolas Sarkozy a été séduit par l’idée d’un remodelage de grande envergure de Paris et de son agglomération. «Tout comme le grand emprunt, le Grand Paris est un moyen d’imaginer la France dans vingt ans, remobiliser le pays autour de nouvelles cathédrales», résume un conseiller élyséen. «Aujourd’hui, retisser le lien entre la capitale et ses banlieues est un devoir d’intérêt national, beaucoup plus salutaire qu’un énième musée, sur l’île Séguin ou ailleurs», ajoute un autre. Conscient des pesanteurs politiques, Nicolas Sarkozy veut jouer sur deux tableaux. Sur le versant politique, il espère susciter une vraie adhésion populaire autour des visions d’architectes. Il a demandé à son conseiller Henri Guaino de ne pas laisser le dossier se faire broyer dans l’étau de la «superstructure administrative» . Chez Sarkozy, on trouve déjà un peu sèche la copie rendue par le préfet Blanc. «Comme si elle pouvait se résumer à un métro aérien ou souterrain qui ferait un huit autour de Paris !», prévenait déjà, avant l’été, un proche du président. Sur le versant technique, la partie est nettement plus difficile à jouer. Et Christian Blanc, qui a dû céder aux arbitrages imposés par François Fillon, a néanmoins sauvé dans le texte final une voie de passage «ténue», commente un spécialiste, «qui permettra peut-être à l’État d’imposer ses choix face aux élus». En attendant, Nicolas Sarkozy entend accélérer le rythme. Une niche devrait être trouvée au Parlement pour présenter le texte dès novembre.

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