Le Grand Paris s’esquisse dans la cacophonie politique

© Le Point, 2009, Yves Clarisse

Les premières pierres du Grand Paris voulu par Nicolas Sarkozy pour renforcer l’attractivité de la « ville monde » seront posées symboliquement mercredi avec la présentation d’un projet de loi en conseil des ministres.

Le chantier pourrait créer 800.000 à un million d’emplois en 15 ans et porter à 4% la croissance annuelle du PIB de l’Ile-de-France d’ici dix ans.

Marqué par la controverse jusqu’au sommet de l’Etat, ce projet de « la France de l’après-crise » porterait sur 35 milliards d’euros d’investissements avec notamment la réalisation d’un métro automatique de 130 km de long autour de Paris, reliant Orly au Sud et Roissy au Nord, pour un coût estimé à 20,5 milliards d’euros.

Le texte, qui crée un établissement public chargé de la maîtrise d’ouvrage des projets de transports, réduit de moitié les délais des procédures administratives afin de permettre le lancement des chantiers en 2012-2013 pour une durée de dix ans.

Des élus franciliens de gauche comme de droite dénoncent une entorse jacobine à la décentralisation en matière d’urbanisme et de transports et s’inquiètent notamment du droit de préemption et d’expropriation accordé à l’Etat dans le périmètre des futures gares, dont le nombre est évalué à une quarantaine.

ÉTAT STRATÈGE

Le secrétaire d’Etat au développement de la région capitale, en poste depuis mars 2008, met en avant la concertation qui a accompagné l’élaboration du texte et insiste sur la « contractualisation » Etat-commune définie par la loi.

« Il faut que l’Etat stratège intervienne, mais pas comme il l’a fait au XVIIIe et au XIXe siècles. Ce n’est pas autoritaire. Je ne me sens absolument pas dans la peau d’un centralisateur », souligne Christian Blanc.

L’ancien dirigeant de la RATP et d’Air France a bon espoir que le texte soit présenté à l’Assemblée nationale fin novembre. Après son adoption au Parlement, une procédure de consultation publique sera lancée à l’hiver 2010.

Christian Blanc se dit « bien » dans le projet de loi final après une série de rebondissements « rédactionnels » qui l’on conduit à interpeller François Fillon avec virulence.

Il avait reproché par lettre le 28 septembre au Premier ministre d’avoir apporté des modifications substantielles à son texte sans l’en informer et lui demandait de surseoir à sa transmission au Conseil d’Etat. Matignon avait répondu tout aussi sèchement que ce texte était le bon.

Valérie Pécresse, candidate de l’UMP pour les régionales de mars 2010 en Ile-de-France, avait alors publiquement apporté son soutien à la vision du chef du gouvernement.

Le texte a subi depuis lors un nouveau toilettage qui, aux dires de Christian Blanc, satisfait toutes les parties.

« L’Elysée n’est pas intervenu, c’est le Premier ministre et moi-même qui avons réglé le problème », assure-t-il avec la volonté manifeste de conforter un chef de gouvernement malmené ces derniers temps.

« Le texte est encore mieux, il est encore plus lisible », a-t-il dit mardi à des journalistes, imputant au « cabinet » du Premier ministre la responsabilité des modifications.

BLANC PACIFICATEUR, MAIS PAS TROP

Il évoque une « coalition d’intérêts », des ajustements à l’article II du texte relatif au réseau de transports qui auraient pu bénéficier à « des industriels, des opérateurs ».

« On se connaît très bien avec François Fillon, je me suis adressé à lui avec mon style, ça a été pris pour une déclaration d’hostilité, (…) j’ai le droit à une discussion franche », a-t-il justifié.

« Je suis authentique. C’est comme dans un orchestre : quand vous jouez du saxophone, vous ne voulez pas qu’on vous fasse jouer du tambour », ajoute-t-il.

Et d’épingler Valérie Pécresse, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, là encore dans son « style ». « Je serai content que Valérie s’informe avant de parler ».

Christian Blanc, membre du Nouveau Centre, ne veut pas entendre parler des élections régionales – « ce n’est pas mon affaire » – mais il ne peut ignorer que le chantier du Grand Paris pèsera sur la campagne en Ile-de-France, région que l’UMP veut ravir à la gauche.

Construction de 70.000 logements supplémentaires par an, extension de la ligne 14 du métro parisien, du RER E, gare TGV à La Défense, deux millions d’arbres à Roissy, transformation du plateau de Saclay (Essonne) en Silicon Valley à la française…

Ce sont autant de projets pour la métropole francilienne et ses neuf millions d’habitants dont le financement reste à finaliser. Le futur grand emprunt pourrait y contribuer.

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