La rhétorique de gauche de l’Elysée exaspère une partie de la majorité

© Le Monde. Sophie Landrin

Tests ADN, taxe carbone : des élus UMP ont mal accueilli les propos de Nicolas Sarkozy A l’occasion de la rentrée parlementaire, le chef de l’Etat s’efforce de répondre à leurs inquiétudes

Irritation passagère de députés en quête de reconnaissance ou dissonance profonde à l’égard de la politique du chef de l’Etat ?

Mardi 15 septembre, jour de la rentrée parlementaire, les députés UMP ont adressé un sévère avertissement à Eric Besson. Au moment où Nicolas Sarkozy gauchit son discours et impose à sa majorité des mesures fiscales impopulaires, la cible choisie est très symbolique. Eric Besson est un ministre d’ouverture, particulièrement en cour auprès de Nicolas Sarkozy, passé du PS à la direction de l’UMP, premier ministrable possible.

Le 13 septembre sur Europe 1, le ministre de l’immigration avait expliqué, sans avoir prévenu au préalable les présidents du Sénat et de l’Assemblée nationale, qu’il ne signerait pas les decrets d’application sur les tests ADN. Une mesure adoptée à l’automne 2007 par les élus de la majorité pour durcir les conditions d’accès au regroupement familial, alors que Brice Hortefeux occupait encore le fauteuil de ministre de l’immigration.

Mardi, les députés ont infligé un carton rouge au transfuge du PS, grand amateur de football. L’échange a été vif,  » violent  » même, selon les participants. Il s’est produit en réunion de groupe, rendez-vous hebdomadaire entre le gouvernement et les élus du parti majoritaire à l’Assemblée nationale.  » Tu affaiblis le Parlement. Tu aurais dû en parler au président de la commission des lois et accessoirement à moi « , l’a accusé le patron des députés UMP, Jean-François Copé – soucieux de défendre son antienne en cette rentrée parlementaire :  » l’hyper-Parlement « .

 » J’ai l’impression que c’est comme au PS ici, les soutiens sont privés et la critique est publique « , lui a rétorqué Eric Besson, surpris par l’animosité des députés. Piqué au vif, Jean-François Lamour, député de Paris, a claqué la porte.  » Je ne veux pas entendre ça . On vote un texte, on travaille jour et nuit, et c’est balayé d’un revers de la main, sans prévenir « , s’est emporté l’ancien ministre des sports. La veille, M. Besson avait cru avoir déminé le terrain par un coup de téléphone à Jean-François Copé et Bernard Accoyer :  » J’ai tout réglé « , avait-il dit.

Les députés ne l’ont pas entendu ainsi.  » Tu apparais comme le gentil ministre et Hortefeux comme le méchant raciste  » l’a accusé Jean Leonetti, le vice président du groupe.

Les députés ont peu apprécié que l’ancien socialiste se désolidarise de Brice Hortefeux, au moment où ce dernier fait l’objet d’une vive polémique pour ses propos sur les immigrés, tenus lors de l’université d’été de l’UMP à Seignosse, le 6 septembre. Grand ami de Brice Hortefeux, Jean-François Copé a souligné devant les députés qu’Eric Besson avait lui-même fait l’objet d’une vidéo, prise également à Seignosse. L’ancien socialiste y commet un geste fort  » inapproprié  » à l’égard d’un journaliste (un doigt d’honneur).

Vexé, M. Besson s’est défendu en expliquant qu’il avait pris la défense  » pendant neuf minutes de Brice Hortefeux  » lors de son intervention sur Europe 1.

Malmené par les députés, M. Besson a reçu un soutien de poids, quelques minutes après la réunion de groupe. Le président de la République, qui avait convié à déjeuner les députés UMP, a expliqué qu' » Eric Besson n’a peut-être pas été habile mais il a été de bonne foi. Cette histoire d’ADN est l’exemple de ce qu’il ne faut pas faire. Il y a deux ans, les tests sont venus sans préparation. On n’a rien expliqué et ça a explosé « .

 » Un débat qui ne sert à rien  »

Pour le chef de l’Etat, il n’est pas opportun de rouvrir  » un débat idéologique qui ne sert à rien « . Il a demandé aux députés de ne pas faire de l’ADN  » un sujet d’affrontement entre le gouvernement et le parlement « .

Nicolas Sarkozy, qui n’ignorait rien de la teneur de la réunion du groupe à l’assemblée nationale, s’est efforcé de rassurer les parlementaires. La taxe carbone, cet impôt impopulaire qui divise la majorité ?  » J’ai signé le pacte de Nicolas Hulot. Vous étiez au courant. Maintenant, on va se battre pour avoir une taxe carbone aux frontières « , a affirmé le chef de l’Etat avant d’expliciter sa stratégie :  » Je ne laisserai pas l’environnement aux seuls écologistes. On doit éviter un front écolo-gauche-extrême-gauche-Bayrou.  »

Aux élus réticents, qui craignent, à six mois des élections régionales, l’impact de la taxe carbone, le président a asséné un dernier argument :  » les Français recevront un chèque en février, un mois avant d’aller aux urnes.  » Debout sur une tribune, dressée dans la salle des fêtes de l’Elysée, Nicolas Sarkozy a  » remercié  » Ségolène Royal, qui s’était opposée à l’instauration de la taxe carbone, malgré les attentes des Verts.  » Elle est toujours pleine de talent et de surprise. Elle a décidé de m’aider « , a-t-il raillé.

Au député villepiniste, Hervé Mariton, qui l’interrogeait sur la question de la dette et des déficits, le président de la République s’est montré aussi cinglant :  » Je suis un homme de bon sens. Je ne suis pas un agité du cerveau. J’ai conscience de l’endettement de la France. Je veux faire l’inverse de Barre avec la rigueur. En période de crise, on doit imaginer de grands projets, comme le grand Paris.  »

A leur sortie de l’Elysée, les parlementaires ne parlaient plus de M. Besson, évoquant seulement  » un président de plus en plus président « . Une bonne séance de coaching.

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