Une architecture spectacle …

© Revue Urbanisme, Gérard Monnier, n°367, juillet-Août 2009

La question récurrente de l’agglomération parisienne et de son devenir est devenue pour le personnel politique un gisement permanent d’opportunites. Naguere, la planification et les schémas directeurs cadraient les choix dans le temps long. On lui substitue aujourd’hui le temps court des événements, des discours dates, et  » l’exposition » prime sur la « consultation « . La mise en forme l’emporte sur le contenu, la performance brillante de la communication sur l’elaboration de solutions. La démonstration du nouveau cours des choses vient d’en être faire avec la « Consultation internationale sur l’avenir de la métropole parisienne », qui aboutit à l’exposition à la Cité de l’architecture et du patrimoine, et avec le discours du président de la République le 29 avril 2009. On ne reviendra pas ici sur celui-ci, assemblage habilé d’une concertation programmée avec les élus sur les projets en cours et de l’appui au sécretaire d’État charge du développement de la Région-capitale et à la Région Ile-de-France pour un nouvel équipement ferroviaire. Plusieurs indices conduisent à penser que l’opération a été menée pour aboutir, sans plus, à mettre en scene l’intervention présidentielle. En évitant les questions qui fâchent, l’analyse critique de l’existant par exemple, et l’engagement dans les commandes. Si la consultation avait des objectifs prospectifs décents, elle s’écartait de la problematique du concours, et pour cause: il y a une réglementation, une jurisprudence des concours internationaux, que les architectes connaissent bien et qui sont contraignantes pour le maitre d’ouvrage. Et, après une consultation, rien donc n’oblige à faire juge le public en lui montrant les propositions non retenues. Premier symptôme. De part et d’autre, la démande a provoqué une étonnante amnésie : tous font le choix d’ignorer les phases précédentes, du SDAU de 1965 au récent SDRIF, les villes nouvelles qui en découlent, avec leurs équipements et les emplois, autant d’obstacles à l’infamie de la  » ville-dortoir ». Deuxième symptôme. La consultation débouche sur un étonnant exercice à contre-emploi: des architectes qui parlent aménagement, géographie, qui portent des projets de transport, qui fixent les lieux du divertissement, qui animent un art urbain sans monuments (un « Panthéon à pied », projet Castro); des images au kilomètre, des formules à foison, mais des idées? Quelques-unes, mais minuscules, juste dignes d’un urbanisme de comptoir: un TGV à la Défense  » pour l’ouvrir sur l’Europe »; le voeu, aussi pieu que naif, d’une architecture « de niveau international » (?) (Richard Rogers au micro de France Culture). Troisième symptôme. Décidement, « il n’aurait pas fallu confier ce travail à des architectes : ça reste assez pauvre, même si le cote stars a servi la communication » (François Ascher, Le Monde, 14 mai 2009). Ainsi, une dizaine d’architectes acceptent d’entériner la dérive de leur métier. Oubliées les structures improbables, les architectures-systèmes délirantes, les visions d’utopies, au profit de postures modestes : des interventions douces, des règlages, de la reanimation, du bouche à bouche. Abandonnés les contre-projets, les polémiques, les manifestes. Écartés la question de la gouvernance, le rôle des élus, des administrations expertes, des sociologues, dans un territoire vide de banlieues plus ou moins difficiles, de zones d’exclusion et de privilèges. Quatrième symptôme. Confirmation du rôle confié à la Cité de l’architecture, omni-présente dans le dispositif, au point de compacter l’exposition dans des conditions peu dignes du Grand Paris, alors que d’autres dimensions étaient sans doute necéssaires. Cinquième symptôme. Ainsi, des architectes d’un talent confirmé négligent leur domaine de compétence ; la tradition de la double invention, typologique et technologique, qui organise le bâti, qui fixe l’ identité, qui stimule « l’imaginaire collectif » (Thierry Paquot). Pour faire court : quelle suite convaincante donner à l’invention des tours et des barres, de la « ville de l’auto « , du béton et du verre? Quel impact aura l’économie d’énergie sur le paysage bâti? Mais des architectes qui n’oublient pas de jouer, avec désinvolture, sur le credo du tout-libéral; ils demandent la déréglementation du foncier, la fin de l’encadrement des droits à construire (projet Lion). Ils anticipent et cautionnent le coeur de l’exposé présidentiel (Hervé Kempf, Le Monde, 10-11 mai 2009). Faut-il leur rappeler ce que la profession d’architecte elle-même doit à une règlementation protectrice 7 Avec, en échange, aucun engagement des décideurs, simplement invités a « en faire bon usage », comme le déclare impavide la ministre de la Culture! Ou « comment devenir des intermittents aussi satisfaits que précaires ? »‘.

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