Blanc: « Le Grand Paris, une révolution »

Christian-Blanc-devoile-ses-plans-pour-la-mise-en-uvre-du-Grand-Paris._pics_390Rédaction JDD © Le Journal du Dimanche

Christian Blanc explique comment sera concrétisée la « ville-monde » voulue par Nicolas Sarkozy et dont les contours ont été dévoilés mercredi dernier par le chef de l’Etat. Pour le secrétaire d’Etat chargé du Développement de la région-capitale, le chantier – colossal – du « Grand Paris » repose sur « la mise en cohérence de trois objectifs majeurs » qu’il détaille au JDD.

Comment résumer en quelques mots le Grand Paris tel que le conçoit Nicolas Sarkozy?

C’est la mise en cohérence de trois objectifs majeurs: 1. Le Grand Paris du développement économique (jusqu’au Havre), qui doit se concevoir comme une réponse par l’innovation à la crise mondiale et nous portera vers le XXIe siècle, face aux trois autres villes-monde (selon le classement de l’OCDE) que sont Londres, New York et Tokyo; auxquelles s’ajouteront bientôt Shanghai, Bombay et peut-être Los Angeles. 2. Le Grand Paris urbain, qui donnera à la métropole parisienne son identité et effacera progressivement la banlieue en rompant radicalement avec la politique du lotissement sans fin pour se projeter dans un urbanisme post-Kyoto. 3. Le Grand Paris de la mobilité, pour rattraper la situation catastrophique des transports en Ile-de-France.

Votre projet de métro du futur en grand huit a été validé par l’Elysée. Il est pharaonique!

Ce ne sera pas un grand huit, mais une double boucle. Un métro à grande capacité: 40 000 personnes à l’heure. Un métro rapide: 80 km/h en vitesse de pointe, 60 km/h de vitesse moyenne, trois fois plus vite que le métro actuel. Enfin, un métro automatique, très sécurisé, doté de portes palières: les incidents d’exploitation et les retards seront inexistants; il faut savoir que sur Meteor (ligne 14), il n’y a jamais eu un suicide. Ce nouveau métro sera donc ponctuel, à intervalle maximal de 90 secondes. Par ailleurs, il pourra rouler jour et nuit, ce qui ne signifie pas forcément qu’il roulera jour et nuit; on peut très bien décider de le faire fonctionner 24 heures sur 24 dans dix ou quinze ans, ou alors seulement sur une partie du réseau. Il en aura le potentiel.

« Le métro le plus performant au monde« 

La technologie existe aujourd’hui?

Oui, elle a été expérimentée sur la ligne 14, que j’ai créée il y a quinze ans quand je présidais la RATP, et elle sera améliorée. C’est une technologie européenne: les deux constructeurs de ce type de métro sont Alstom et Siemens. Le métro récent de Singapour s’en est d’ailleurs largement inspiré. La ligne 14 prolongée traversera Paris intra-muros de part en part, et sa capacité accrue passera de quatre à huit rames. Heureusement, cette configuration avait été prévue; ceux qui avaient conçu Meteor avaient eu la sagesse de se projeter dans l’avenir? Au final, vous verrez, nous aurons le métro le plus performant au monde.

Nicolas Sarkozy dit « préférer l’aérien au souterrain« , alors que vous sembliez prôner un supermétro enterré?

L’important, c’est de réaliser ce réseau dans un tracé optimal, réalisable le plus rapidement possible et respectueux de l’environnement, sans créer des nuisances. Partout où il sera possible de passer en surface, nous le ferons. Il n’y a pas de polémique sur ce sujet.

Craignez-vous des frictions, voire un « clash », à propos du tracé, qui reste à confirmer? Chaque élu voudra sa gare…

L’intérêt général primera. Dans les deux mois qui viennent, nous allons discuter avec les collectivités territoriales. Mais d’ores et déjà, notre schéma de principe est populaire. Tout le monde s’en est emparé, pour essayer de le tirer vers lui. J’en suis très heureux. De tous les schémas de transport qui ont été présentés jusqu’à présent, ça saute aux yeux, celui-ci est, de très loin, le plus performant. Articulé sur le réseau existant, il va fluidifier les RER. Il permettra de résoudre la grave question des déplacements de banlieue à banlieue, et donc de désaturer le coeur de Paris. L’aéroport de Roissy ne sera plus qu’à 25 minutes de Notre-Dame ou de la Défense, Orly à 20 minutes du coeur de Paris? Ce n’est pas un rêve, c’est du concret. Une révolution, un bond en avant considérable, qui va changer la vie des gens. Je ne vois donc pas sur quoi pourraient porter des désaccords. Je ne suis pas inquiet.

Dix ans pour réaliser ce métro du futur, est-ce vraiment réaliste? Ne donnez-vous pas de faux espoirs aux Franciliens?

Les travaux commenceront en 2012. Après, ça peut aller très vite. Si l’on se donnait un objectif de dix ans avec les procédures existantes et les lenteurs traditionnelles, ce serait impossible. Mais une loi, présentée en octobre, permettra de créer un effet d’accélération. Concernant la future ligne de navettes rapides qui traversera la Seine-et-Marne, ce sera un peu plus long: une vingtaine d’années.

« L’amortissement se fera sans problème« 

Le projet sera-t-il géré par un établissement public?

Oui, pour réaliser la maîtrise d’ouvrage et le financement de cette opération. Un tel chantier nécessite que l’Etat stratège s’implique. L’opération globale du Grand Paris qu’on est en train de mettre en ?uvre a une telle ampleur qu’elle n’avait aucune chance d’être réalisée par les seules collectivités locales. Quand le Premier ministre a fait savoir à Jean-Paul Huchon que son projet de schéma directeur (Sdrif) ne serait pas accepté en l’état par le gouvernement, car il manquait d’ambition, c’est cela qu’il signifiait.

CDG-Express, le projet de liaison rapide entre Roissy et la gare du Nord, verra-t-il le jour?

CDG-Express est une concession. L’attributaire de cette concession devra financer et exploiter cette infrastructure sans que l’Etat mette un euro. Si, comme cela semble être le cas, un grand groupe donne les garanties suffisantes, l’opération se fera.

Où trouverez-vous les 35 milliards d’euros annoncés « rien que pour les transports« ?

Notre référence, c’est le financement du métropolitain au début du XXe siècle. Lorsqu’il a été construit, les dotations budgétaires étaient limitées. J’ai retrouvé un discours qu’avait prononcé Bienvenüe en 1929 sur le mécanisme de financement: il prévoyait que le dernier amortissement du métropolitain s’effectuerait? en 1980! Voilà un grand bâtisseur! Avec nos ingénieurs analystes financiers, nous sommes arrivés aux mêmes conclusions. Je suis très tranquille sur cette question. L’amortissement se fera sans problème.

Comptez-vous recourir à un partenariat public-privé (PPP) pour financer votre projet?

Il n’y aura pas de PPP, car c’est un financement cher. Ce système peut fonctionner sur certains investissements d’importance moindre, mais sur un chantier de ce calibre, ce serait une erreur d’ingénierie financière que nous ne commettrons pas.

Jean-Paul Huchon vous demande « concrètement, combien le gouvernement met sur la table« …

Moi aussi je demande qu’il y ait des précisions concrètes sur ce que la région compte financer. Car il faudra prévoir un deuxième maillage articulé sur le réseau primaire – des tram-trains, des tramways -, ainsi qu’un troisième maillage, constitué des transports en sites propres. Je crains que, dans l’addition présentée par Jean-Paul Huchon, il y ait tout, y compris le matériel roulant. Il ne s’agit pas de tout additionner dans un paquet global. Mais nous trouverons un accord en fonction des compétences de chacun.

« Il faut en finir avec l’urbanisme de ségrégation« 

Nicolas Sarkozy fait-il marche arrière sur la question de la gouvernance, qu’il avait mise en avant en juin 2007 quand il avait évoqué le Grand Paris pour la première fois?

Elaborons d’abord le projet. Ensuite, nous pourrons réfléchir à un système de décision démocratique et efficace. Encore faut-il savoir quels sont les objectifs et les solidarités. Cette question ne sera pas posée tant que le projet n’aura pas pris corps, c’est-à-dire pas avant 2010.

Le Président a renvoyé la question de la gouvernance aux « générations futures« …

Il a le droit d’avoir de l’humour.

Bertrand Delanoë regrette que le problème du logement social ait été occulté. Combien de logements sociaux prévoyez-vous?

Je ne souhaite pas me poser la question ainsi, ce n’est pas un problème de quotas. Il faut que la totalité de la population, quels que soient ses revenus, puisse trouver à se loger correctement. Nous préférons aborder cette question sous l’angle de la mixité au sens large, en créant un nouvel urbanisme de quartier. Le Président a insisté sur la nécessité de la densification urbaine et de la mixité sociale du Grand Paris. Il faut en finir avec l’urbanisme de ségrégation, mais aussi de zoning, qui distingue les zones commerciales, les zones de bureaux, les zones de logements.

C’est-à-dire?

Plutôt que de parler constamment des 20% de logements sociaux, attaquons-nous aux grandes restructurations urbaines, notamment dans le secteur de Clichy-Montfermeil-Sevran, en marginalité totale par rapport à l’agglomération centrale. L’idée est de recréer des identités de ville, ouvertes à toutes les catégories de la population, avec un centre-ville, des activités culturelles, commerciales, sportives… C’est un immense chantier qui prendra vingt ans. On ne va pas continuer de mettre les pauvres avec les pauvres, les riches avec les riches.

Quelles réformes concrètes souhaitez-vous concernant le code d’urbanisme?

Nous avons engagé une réflexion que le président de la République nous a demandé de conduire dans les meilleurs délais.

A quoi pourraient ressembler les futurs « grands gestes architecturaux« ? Et où se situeront-ils?

Ce sont des propositions qui émanent de l’exceptionnel travail accompli par les architectes urbanistes. Elles vont être étudiées dans le cadre des travaux menés sur les territoires de projets, avec les élus locaux. Elles seront la signature du projet du Grand Paris qui est en marche.

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