Grand Paris : la visite guidée en images des dix projets

© 2009, Audrey Cerdan, http://www.rue89.com

Nicolas Sarkozy a présenté mercredi 29 avril son projet de Grand Paris, pour faire de la capitale une ville durable. 35 milliards d’euros seront débloqués pour les transports et 70 000 logements devraient voir le jour chaque année. Au début du mois, Audrey Cerdan vous présentait les projets que dix équipes d’architectes et d’urbanistes ont imaginés pour la capitale française du futur.

Imaginer Paris, métropole du futur, ses relations avec sa banlieue proche et lointaine, dans le monde de l’après Kyoto. C’est le cahier des charges de la consultation sur le Grand Paris que Nicolas Sarkozy a initiée en 2007, voulant en faire l’un des grands chantiers de son mandat. Sélectionnées par l’Elysée, dix équipes d’architectes et d’urbanistes, françaises et internationales, parmi les plus reconnues au monde, ont planché pendant un peu moins d’un an. Les copies ont été rendues le 13 mars 2009.

Pour un grand chantier présidentiel, il s’agit d’un très ambitieux chantier. Lors de sa présentation au public au Palais de Chaillot, le 17 mars, si tous les protagonistes s’enthousiasmaient sur cette consultation unique en Europe et stimulante, certains soulignaient la complexité de la tâche. Les moyens qui seraient mis en œuvre pour qu’elle ne reste pas lettre morte soulevaient aussi des interrogations.

Pour d’autres, il s’agissait avant tout de profiter d’un tel espace de débat et de collaboration exempt de concurrence (puisqu’aucune équipe n’est destinée à être lauréate) entre architectes, urbanistes et élus, sans chercher à savoir quand et avec quels moyens réaliser ces grands projets. Une sorte de droit au rêve, une occasion rare d’imaginer sans contrainte de moyens.

Chaque équipe a rendu des notes d’intention écrites, ainsi que des images qui racontent l’essence de leur projet, leur vision du Grand Paris de demain. Ces maquettes souvent utopistes, parfois abstraites ou extravagantes, n’ont évidemment pas pour but d’être appliquées à la lettre comme des plans, mais de donner le ton. Nous vous proposons de regarder ces images et de nous dire à votre tour, ce qu’elles vous racontent sur la capitale française du futur.

Le Grand Paris de MVRDV, la ville la plus compacte du monde

MVRDV, agence néerlandaise à l’avant scène de l’architecture mondiale, avait déjà participé au concours pour le carreau des Halles de Paris, proposant alors un grand « dancefloor » transparent. Cette fois en association avec les agences ACS et AAF, ces habitués de la prospective se sont basés sur un constat très chiffré (ils ont utilisés divers logiciels de calcul pour quantifier la ville) pour émettre la possibilité d’un « Paris plus petit », plus compact.

Parmi les éléments de ce projet sur la compacité, mettre les écoles en hauteur, créer une « Super Sorbonne » ultra compacte et très haute (autour de trois fois la tour Montparnasse), faire du Haussmann solidaire en réinvestissant les toits des immeubles… Au niveau écologique, ils préconisent les énergies renouvelables, auxquelles ils font une belle place dans leur proposition, entre un « Grand Paris Wind Park » (parc éolien) et un « Grand Paris Solar Park » (parc de panneaux solaires).

Ils sont les seuls à montrer des images très abstraites de la ville, grises et bleues, schématisant les possibilités de façon non réaliste, mais avec des outils graphiques qui permettent d’expliciter de façon radicale leur projet en images. Pas de volonté donc de nous montrer ce à quoi pourrait ressembler Paris en 2050, MVRDV préfèrant plutôt étayer ses concepts.

Cette proposition n’étant néanmoins pas destinée à n’être visualisée que par des professionnels de l’architecture ou de l’urbanisme, ils précisent tout de même qu’ils ne « souhaitent pas suspendre toutes les écoles », et que leur image de la « Super Sorbonne » ne présente pas un dessin de façade, mais une simple proposition volumétrique… Histoire d’éviter que le public ne prenne pour argent comptant ces images qui sont plus des allégories que des plans.

Pour Castro Denissof Casi, le chic parisien s’invite en banlieue

C’est l’une des images que l’on a le plus vues de cette consultation. Et pour cause ! C’est celle qui rappelle le plus clairement une autre ville : New York. Qui ne voit pas dans cette image de synthèse du parc de la Courneuve (93) un remake de Central Park ? Ce n’est pourtant pas vraiment l’ambition centrale de l’équipe menée par Roland Castro, que l’on connait pour l’opération Banlieue 89, et plus récemment le bâtiment qui abrite l’hôtel Mama Shelter dans le XXe arrondissement de Paris.

Ils imaginent le Grand Paris d’abord comme une cité étendue à sa banlieue, et au sein de laquelle on redistribue les moyens pour parvenir à l’équité sociale. L’équipe montre un Grand Paris patchwork architectural basé sur la « poésie urbaine », qui donne du « symbolique extraordinaire » ailleurs que dans le Paris intra-périphérique, avec des « édifices marquant son rang » au territoire étendu .

Contrairement à d’autres, l’équipe situe en banlieue l’ensemble de ses projections en images de synthèses, proposant des projets ambitieux pour l’extérieur du périphérique. Une iconographie en hauteur pour le Paris élargi, comme ici sur cette vue de ce qu’ils ont appellé « l’île de Vitry » (94) imaginée pour l’occasion, aux raisonnances futuristes.

Mais l’équipe use finalement beaucoup d’une iconographie d’anecdote et d’emprunt, réimplantant des icônes urbaines d’autres métropoles mondiales dans la banlieue parisienne. Après New York, c’est ici au tour de Sydney de se voir emprunter son opéra (construit par Jørn Utzon) resitué sur l’image ci-dessous dans le port de Genevilliers, n’illustrant que la volonté de donner à la banlieue ses édifices susceptibles d’attirer les regards.

L’horizon havrais de l’équipe Grumbach : la capitale à bon port

L’équipe formée autour d’Antoine Grumbach, habituée des études d’urbanisme (elle a notamment travaillé sur l’aménagement du tramway parisien), mise sur la vallée de Seine pour mener Paris jusqu’à une ouverture portuaire, dont elle aura besoin si elle veut rester « dans le peloton restreint des villes de rang mondial ».

L’équipe est une des seules à regarder le territoire du dessus et à très grande échelle, nous montrant un Paris qui étend un bras vers le nord-ouest, suivant la Seine jusqu’au Havre, en passant par Rouen. Ces images, comme prises de nuit par satellite, montrent à travers des ramifications lumineuses les développements des transports et des infrastructures autour du fleuve envisagés par Antoine Grumbach et ses associés.

L’identité remarquable de Jean Nouvel, AREP et MCD reconnecte les cités

Pour cette consultation, l’Atelier Jean Nouvel (Prix Pritzker 2008, à l’origine de grandes réalisations comme l’Institut du Monde Arabe ou le Quai Branly plus récemment) et ses associés de circonstance, Jean-Marie Duthilleul d’AREP et Michel Cantal-Dupart, ont proposé une dizaine de grandes mesures à prendre pour « préserver le statut » de Paris comme grande métropole mondiale.

Parmi les axes forts, le réseau de transport de l’Ile-de-France, que Nouvel et ses associés souhaitent voir refondé afin de créer plus de connexions de périphérie à périphérie, ainsi que des nœuds d’interconnexions devenant des « hauts-lieux », denses et multifonctionnels.

Ils proposent également de créer pour le Grand Paris un langage urbain propre en unifiant les éléments de mobilier urbain, les enseignes de taxi, les feux tricolorores et autres, afin que Paris devienne reconnaissable au premier coup d’œil. Revient souvent dans cette proposition la nécessité d’intégrer l’art dans la ville, notamment afin de réveiller le patrimoine parisien à travers des interventions architecturales.

L’iconographie de Nouvel et ses associés pour le Grand Paris raconte quant à elle leur proposition de façon exaltée, avec profusion d’images. Basée notamment sur des avant/après à échelle de bâtiments ou de quartiers entiers, on y voit un Paris encore plus vertical, parsemé des tours si chères à Nouvel, pointes lumineuses dans le ciel parisien.

Mais parmi toutes ces images de synthèse, celles qui ont le plus attiré l’attention des observateurs, sont les représentations de la tour Montparnasse coiffée d’une toison d’or par Frank Gehry (célèbre architecte à l’origine du musée Guggenheim de Bilbao). Décoration arbitraire ou jeu de forme décalé ?

Studio 09 et son éponge : la vraie nature du tissu urbain

Bernardo Secchi et Paola Vigano, urbanistes italiens à la tête du Studio 09 (ils changent de suffixe numérique chaque année, 09 étant pour 2009), ont par le passé travaillé sur la conception de nombreux plans régulateurs de grandes villes ou de réaménagements de centres historiques (notamment sur le nouveau quartier de la Courrouze à Rennes).

Pour cette consultation, ils proposent de s’attacher au principe de « ville poreuse », à prendre au sens d’une ville éponge, perméable, où tout communique, facilement traversable et très accessible. Avec deux axes forts : d’abord, renforcer la présence de la nature, en s’appuyant sur les cours d’eaux existants d’Ile-de-France. Laisser ainsi une plus grande place au fleuve et à ses affluents, en leur redonnant leur latitude naturelle : ils réintroduisent des zones inondables, lieux de biodiversité, là où tout avait été fait pour canaliser les cours d’eau par définition imprévisibles.

Deuxième grand axe, celui des transports, où Secchi et Vigano souhaitent la mise en place d’un maillage de transports permettant « l’accessibilité généralisée, mais adapté aux différentes vitesses », du piéton au TGV en passant par les tramways et pistes cyclables. Ce maillage poreux ferait selon eux émerger des noeuds d’accessibilité donnant à l’agglomération une forme de polycentrisme.

Leurs images, plus schématiques qu’à volonté réaliste, racontent l’importance attachée à la présence de la nature dans le projet. La première modélisation (en haut) montre une zone pavillonaire densifiée avec une forte présence naturelle, ainsi que des espaces réservés aux déplacements à différentes vitesses (voies piétonnes, tramway).

La seconde image (ci-dessus), où l’on situe le centre parisien en haut à gauche (prendre pour repère les îles de la Cité et Saint-Louis) et où les cours d’eau sont représentés en rouge, schématise à travers les surfaces bleutées la volonté de l’équipe de redonner de l’espace aux zones naturelles.

L’ambition réaliste du Groupe Descartes : à la campagne comme à la ville

Le Groupe Descartes, composé d’enseignants et chercheurs de l’école d’architecture et du campus de Marne-la-Vallée, s’articule autour d’Yves Lion, architecte et urbaniste (Grand prix de l’urbanisme en 2007), notamment lauréat en 2007 d’un projet urbain de soixante hectares (logements, hôtels, équipements et espaces publics) sur les hauteurs de La Mecque.

Le groupe de recherche propose un projet pour le Grand Paris en quatre axes.

• En premier lieu, réorganiser la banlieue, en construisant le Grand Paris en vingt villes : faire du « local urbain », pour que tous les habitants de l’Ile-de-France aient « droit à la ville ».

• Le groupe propose ensuite d’assouplir les réglementations foncières, afin de permettre la densification du bâti et l’augmentation des surfaces par logement (avec un objectif de vingt mètres carrés en plus par habitation).

• Autre grand axe du projet Descartes, fondé un constat pragmatique (« une heure quotidienne de trop dans les transports ») : l’amélioration des déplacements en Île-de-France, pour « lier » et « désenclaver ».

• Enfin le groupe s’est intéressé à la question environnementale : dans une collaboration avec Météo France, ils proposent d’utiliser la régénération des forêts franciliennes afin d’enrayer le réchauffement climatique.

Contrairement à d’autres, qui évoquent poésie et abstraction, cette équipe s’attache à formuler une proposition hiérarchisée, mettant la priorité sur un nombre réduit de mesures considérées comme urgentes. Les vues proposées par le Groupe Descartes sont à l’image de leur posture dans cette consultation : pragmatiques et réalistes.

Dans une première image (en haut), on voit à la confluence Seine-Marne une tour blanche qui émerge ; mais la ville autour, elle, ne semble pas transformée. Sur les deux images suivantes le groupe nous montre comment une série d’interventions somme toute modestes si on les compare à d’autres, peuvent parvenir à transformer une zone fluviale ou un quartier pavillonaire.

Les scénarios d’AUC : l’agglomération en situations

Une large équipe d’urbanistes et d’architectes s’est construite autour de l’AUC, l’agence de Djamel Klouche (Ohno LAB, AVANT, h5, Ladrhaus, Cribier, MSC, I. Thomas), pour construire une proposition dense basée sur une multitude de situations, à plus ou moins petite échelle. L’équipe s’est intéressée à ce qu’il se passait dans les autres métropoles mondiales pour mieux déterminer comment mener une politique urbaine intelligente à Paris.

L’AUC en a tiré sept grands thèmes d’action, parmi lesquels on trouve une volonté de stimuler et de mettre en valeur les territoires oubliés de la métropole, dont évidemment les banlieues, ou encore de passer « de l’espacement à l’agglomération », en augmentant la densité urbaine mais également les connexions entre les éléments de la ville. Ils simulent ensuite l’application de ces grands thèmes dans des situations micro-urbaines, en considérant l’importance des nouvelles technologies (en prenant par exemple en compte l’impact du wifi généralisé sur le développement urbain).

Leurs images sont exclusivement des photographies de maquettes, chacune d’entre elles représentant une « situation ». Il en ressort une iconographie fournie, très abstraite, non contextualisée dans des éléments du Paris existant, mettant au contraire en lumière des façons de faire, de construire, plutôt que des applications directes. Si ces images grises et blanches aux matières intrigantes ne sont pas très immédiates, elles racontent avec pertinence l’approche théorique et conceptuelle de Klouche et ses associés, qui n’ont pas cherché les raccourcis pour cette consultation.

Chez Christian de Portzamparc, l’efficacité à vitesse humaine

Pour Christian de Portzamparc, architecte français (lauréat du Prix Pritzker en 1994) qui est notamment à l’origine du dessin de la Cité de la Musique à Paris, ainsi que de la tour de Lille (Euralille), cette consultation est l’occasion de faire naître une vision plutôt qu’un plan d’exécution déterministe.

Il met l’accent sur la nécessité de faire coexister dans ce Paris du futur deux géographies qui y cohabitent aujourd’hui difficilement : celle de la compétitivité de grande métropole et celle de la vie quotidienne. Il revendique une urbanisation en « rhizomes », c’est-à-dire un développement de la ville non-arborescent, mettant la priorité sur les déplacements de la périphérie à la périphérie.

Ses images, vues semi-réalistes, montrent un Grand Paris passé à une autre vitesse à travers la représentation d’un train monorail blanc aux formes futuristes au dessus du périphérique parisien. Sur une autre image (en haut), il présente sa proposition d’une grande gare à Aubervilliers, au nord-est de Paris (on y voit également son train monorail s’y faufiler), faite d’une grande dalle urbaine et de quatre tours.

Les échappées vertes de Rogers Stirk Harbour : la périphérie recentrée

L’équipe formée autour de l’architecte anglais Richard Rogers (qui a déjà marqué Paris avec le Centre Pompidou qu’il a construit en 1978 avec Renzo Piano) propose dix principes pour le Grand Paris.

A l’instar de MVRDV, elle imagine un Paris plus compact, plus dense, pour générer plus de proximité, et donc plus d’« efficacité » et d’« échanges ». Ils développent également l’idée d’une métropole polycentrique, avec des transports fonctionnant de façon radioconcentrique, mais également de la périphérie à la périphérie. Rogers met par ailleurs l’emphase sur l’intégration de la nature dans la ville (coulées vertes, couloirs écologiques, voies vertes…), et la nécessité d’intervenir très rapidement sur les zones les plus démunies.

L’ensemble de ces dix principes est synthétisé dans les « armatures métropolitaines » (illustrées sur l’image ci-dessus), qui seraient à la fois des parcs linéaires, « polyvalents et multiconnectés », mais aussi des lieux d’infrastructure et d’équipement.

Du côté de l’iconographie, l’équipe Rogers Stirk Harbour jongle avec les échelles et les genres. Elle est l’une des seules à proposer une image dessinée manuellement (ci-dessus), qui présente leur concept de boulevard vert de façon poétique et à échelle humaine, très proche de la rue et du piéton. Ils articulent ces croquis de détails urbains avec des images au contraire extrèmement schématiques (en haut), qui se rapprochent plus de schémas de plomberie que de plans de métropole.

Les territoires mutlipolaires de LIN : la douceur de ville

L’agence de l’architecte et urbaniste allemand Finn Geipel, LIN, a l’avantage de s’être déjà penchée sur la région parisienne, puisqu’elle y a réalisé deux études, l’une sur la zone « Seine Aval » (autour de Mantes-la-Jolie) et l’autre sur la zone qui abrite l’aéroport d’Orly (on peut voir aussi leur étonnant travail sur l’ancienne base sous-marine de Saint-Nazaire transformée en lieu culturel). Leur proposition pour le Grand Paris se fonde sur une multitude de « situations-maquettes », pour l’essentiel à destination de l’actuelle périphérie parisienne.

Ils imaginent une « métropole douce » composée de pôles multiples, de natures diverses : intenses (densité urbaine, activité soutenue, mais économe en énergie) ou légers (ville de faible densité, avec une qualité paysagère et une capacité de poumon vert). Le tout relié par un réseau hiérarchisé, s’accordant aux types de territoires en présence. Autre grand axe de leur projet, la volonté de mettre les paysages naturels du Grand Paris « au cœur de l’espace métropolitain », comme des éléments « constitutifs de son identité ».

L’iconographie de LIN, plus explicative qu’à vocation réaliste, est faite d’images construites sur des photographies de maquettes retravaillées numériquement (ci-dessus). Ces images, à vocation plutôt explicative, ne sont pas situables dans Paris ou la banlieue : elles sont des exemples de traitement du territoire en fonction de situations données. En haut, une vue satellite de Paris sur laquelle les couleurs ont visiblement été modifiées (l’Ile-de-France est aujourd’hui un peu plus grise), afin de montrer comment le Grand Paris pourrait devenir une grande métropole à dominante verte.

http://www.rue89.com/2009/04/04/grand-paris-la-visite-guidee-en-images-des-dix-projets

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