Christian Blanc présente le «Paris du XXIe siècle»

Propos recueillis par Cyrille Lachèvre et Sophie de Ravinel, © Le Figaro

Le 29 avril, Nicolas Sarkozy dévoilera la «troisième génération de transport parisien», un métro automatique et sous-terrain qui reliera des grands pôles de la région parisienne. Le secrétaire d’État au Développement de la Région capitale en révèle certains aspects.

LE FIGARO Vous avez été nommé secrétaire d’État au Développement de la Région capitale en mars 2008. Pourquoi être resté silencieux depuis cette date ?
Christian BLANC J’ai préféré écouter, rencontrer, travailler pour remplir la mission ambitieuse et compliquée qui m’a été confiée par le président de la République. En clair, je ne me voyais pas arpenter les quartiers difficiles avec des photographes ou des équipes de télévision. Si j’avais communiqué sur mes rencontres, on m’aurait reproché de passer du temps avec tel élu et non pas tel autre, en fonction de leurs appartenances politiques. Or, j’ai souhaité pouvoir, par exemple, passer du temps avec la députée Marie-George Buffet dans les quartiers du Blanc-Mesnil et rester libre de trouver pertinent le regard qu’elle porte et les questions qu’elle se pose. Je me sens en responsabilité de ce que sera Paris Région capitale dans dix ou vingt ans : une capitale mondiale de la connaissance, de la création, de l’innovation et de la cohésion sociale. 

Quel bilan dressez-vous après ces mois de travaux ?
Le constat d’un immense décalage entre les potentiels de la Région capitale et la réalité d’aujourd’hui. Paris et sa Région, qui représentent le tiers de l’économie de notre pays, ne s’inscrivent pas dans une dynamique de développement économique suffisamment forte pour être moteur de la croissance française. Dessiner l’avenir des grandes métropoles, c’est prévoir ce qui changera et guidera le monde de demain car ce sont elles qui font et feront la croissance mondiale. Ce sont dans leur sein que les innovations apparaissent ainsi que les entreprises à forte croissance. Une occasion unique nous est offerte : celle de concevoir et de construire ensemble notre «ville monde», le Paris du XXIe siècle.

Quels sont donc vos projets économiques pour le Grand Paris ?
Nous avons identifié sept à huit territoires à fort potentiel autour de Paris. Certains étaient déjà connus mais insuffisamment valorisés : le plateau de Saclay, Orly-Rungis, Roissy-Villepinte ou la Défense-Nanterre-Rueil… D’autres émergent, comme autour de Plaine Commune, et qui regroupent des activités liées à la création (cinéma, audiovisuel, mode, luxe), ainsi que des PME spécialisées dans l’économie numérique. À l’est de Paris, nous avons décelé, autour de la cité Descartes à Champs-sur-Marne, un potentiel pour créer un pôle spécialisé dans la croissance verte et le développement durable. Enfin, le territoire compris entre le périphérique sud et Évry concentre la moitié de la production pharmaceutique française. Une réalité trop méconnue.

Comment allez-vous concrètement développer ces zones pour en faire des pôles d’excellence mondiaux ?
Ces territoires ont tous les capacités foncières d’accueillir des plates-formes technologiques, des laboratoires de recherche ou des industries de la création en rapport avec les spécialisations existantes. C’est comme cela que se créent les pôles de compétence mondiaux, par agrégation, par développement de «clusters». Ces territoires doivent être articulés sur les autres métropoles françaises et sur le monde, c’est-à-dire qu’ils doivent être reliés aux aéroports et aux gares TGV. Le réseau de transport interne au Grand Paris fera en sorte que ces territoires soient à moins de trente minutes des aéroports.

Justement, comment s’articule le schéma de transport ?
La troisième génération de transport parisien après le métropolitain et le RER  sera un métro automatique à grande capacité. Ce métro du XXIe siècle aura deux objectifs majeurs : répondre aux besoins les plus urgents de la Région capitale, en fluidifiant le transport de banlieue à banlieue, et permettre de circuler sur la totalité du territoire en reliant les pôles économiques, les aéroports et les gares TGV.

Quel sera son tracé précis ?
Le tracé sera révélé par le chef de l’État le 29 avril. Ce que je peux vous dire, au plan technique, c’est que la ligne fera 130 kilomètres, essentiellement en souterrain. Ce métro entièrement automatisé pourra transporter 40 000 personnes en heure de pointe, à une vitesse de 60 à 80 kilomètres par heure, réalisable en dix à douze ans. Son coût est évalué entre 15  et 20 milliards d’euros. L’idée est de mettre la Défense ou le centre de Paris à vingt-cinq minutes de Roissy Charles-de-Gaulle ou de pouvoir rejoindre le plateau de Saclay en dix minutes depuis Orly. Son financement sera de type public-privé, sur le modèle retenu lors de la construction du métropolitain parisien.

Comment comptez-vous articuler vos travaux avec ceux des architectes ?
Leurs travaux sont d’une très grande richesse, et nous allons favoriser les convergences. Nous nous sommes d’ailleurs déjà réunis en séminaires à Clairefontaine, à ce sujet, dès le 6 mars, quelques jours avant la présentation de leurs projets à Nicolas Sarkozy. Habiter, travailler, circuler, se divertir, se cultiver, innover et créer : voilà notre défi commun. Le président de la République m’a demandé d’harmoniser ces travaux pour parvenir au développement des territoires et des projets urbains. C’est avec l’ensemble de ces équipes, avec les services dédiés de l’État et en liaison avec les élus territoriaux que je vais poursuivre désormais mon travail. Notre mission est simple : nous devons tous ensemble construire cet avenir pour que ce grand rêve devienne une réalité.

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