Quel Paris ?

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Parmi tous les chantiers lancés par Nicolas Sarkozy au début de son mandat, celui du  » Grand Paris  » n’était ni le moins pertinent ni le moins important. Son ambition était légitime : donner à Paris et à sa métropole les moyens de rivaliser pleinement avec les principales capitales mondiales.

Pour préciser ce grand dessein, le chef de l’Etat a multiplié les initiatives : lancement d’une consultation internationale d’urbanistes et d’architectes, nomination d’un secrétaire d’Etat (Christian Blanc) pour la  » région capitale « , enfin mission donnée à Edouard Balladur de réfléchir à la réorganisation des collectivités locales en général, et de la région parisienne en particulier. Toutes ces réflexions débouchent désormais sur des propositions.Le diagnostic général ne soulève pas de controverses majeures. Chacun admet que Paris étouffe dans des frontières inchangées depuis un siècle et demi. Chacun reconnaît que la coupure trop longtemps marquée entre la capitale et sa région de quelque 9 millions d’habitants n’a pas permis de traiter à la bonne échelle des problèmes aussi cruciaux que le logement (insuffisant), les transports (surchargés), la crise des banlieues  » sensibles  » (qui se sont embrasées en 2005) ou encore les enjeux écologiques et de compétitivité internationale. Chacun, enfin, préconise, d’une manière ou d’une autre, l’émergence d’un mode de gouvernance de cette métropole moins fragmenté, plus collectif et global.

Mais dès que l’on passe aux remèdes, c’est la foire d’empoigne. Entre la région Ile-de-France, les sept départements de petite ou grande couronne qui la composent, la ville de Paris, les cent ou deux cents communes de banlieue qui l’entourent (selon l’ampleur que l’on donne au projet), sans parler d’intercommunalité qui se multiplient depuis une décennie, chacun défend – légitimement – son territoire et ses prérogatives, au risque de freiner, voire de paralyser une dynamique d’ensemble intelligible et intelligente. Les rivalités politiques n’arrangent rien, entre la gauche (dominante) et la droite (revancharde), mais également au sein même de chaque camp.

Une chose est sûre : du fait de la décentralisation, l’Etat n’a plus ni les moyens politiques ni les ressources financières d’imposer de façon régalienne  » une  » solution. C’est pourquoi, comme dans d’autres domaines, le risque est grand que le chef de l’Etat, en donnant un vigoureux coup de pied dans la fourmilière parisienne et francilienne, ne provoque, en réalité, plus de confusion et de crispations que d’impulsion et de clarification.

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