L’effet Nouvel

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Star mondiale de l’architecture et déjà auteur de plusieurs monuments de la capitale, le Français Jean Nouvel s’est vu confier trois des chantiers du Paris de l’avenir. Focus.

Se transformer sans se renier, affronter les défis urbanistiques et architecturaux du siècle afin de garder son rang de capitale parmi les plus belles du monde, d’année en année, d’édifice en édifice, Paris s’y emploie, après un petit jeu de massacre sur les bords de Seine dans les années 70. Parmi les chantiers en cours, trois ont été confiés à Jean Nouvel, une forte tête. Bardé de distinctions, la dernière en date étant le prix Pritzker 2007, considéré comme le Nobel de l’architecture, ce boulimique, pas toujours très tendre avec ses pairs, compte de nombreuses réalisations-musées, logements, bureaux, sièges sociaux, salles de conférences-dans le monde. Aux Etats-Unis-à Minneapolis-, en Europe-à Prague, Vienne, Copenhague, Barcelone, Madrid et en France. En province, on lui doit notamment le Musée gallo-romain de Périgueux, le palais de justice de Nantes, l’Opéra de Lyon, le centre Da Vinci à Tours, l’hôtel Saint-James à Bouliac, près de Bordeaux.

A Paris, au cours des dernières décennies, Nouvel, homme débordé, a déjà imprimé sa marque dans le paysage urbain à travers l’Institut du monde arabe, réalisé sur les bords de la Seine (1981-1987), la Fondation Cartier, temple de l’art ultra-postmoderne, boulevard Raspail (1991-1995), le musée des Arts premiers cher à Jacques Chirac, quai Branly (2000). Il continue aujourd’hui avec la construction de la Philharmonie de Paris, parc de la Villette, l’aménagement de la gare d’Austerlitz et, enfin, aux portes de la capitale, l’érection de la tour Horizons à Boulogne-Billancourt. Revue de détail des projets en cours.

La tour horizons à Boulogne

C’est à Boulogne-Billancourt, dans le nouveau quartier du Trapèze de l’île Seguin, occupé jusqu’à leur récente démolition par les usines Renault, que d’ici à 2010, si la date de livraison prévisionnelle est respectée, la tour Horizons, haute de 90 mètres et 18 étages, devrait se dresser, ce qui fait une hauteur de 4,70 mètres par étage. Cette « non-tour », selon l’architecte, commandée par un investisseur privé, propose « une nouvelle vision de l’immeuble de bureaux ». « Il s’agit plutôt d’une stratification, d’un empilement, prétexte à inventer des terrasses, des horizons fictifs », explique Jean Nouvel.

Pas d’ambiguïté d’après les maquettes. Trois blocs superposés aux volumes décroissants feront place sur le pourtour à des terrasses végétalisées, la partie supérieure ressemblant furieusement à la serre d’un jardin botanique pour arbres exotiques. Nouvel assure que ce parti pris original permettra, des hauteurs, de « dialoguer à distance avec la colline de Saint-Cloud », au loin. Dans ces locaux, la productivité risque de s’en ressentir puisque l’ensemble de 40 000 mètres carrés est censé abriter principalement des bureaux ; 1 100 mètres carrés de commerces et une crèche de 1 400 mètres carrés sont aussi programmés. Coût prévu de l’opération : 100 millions d’euros, hors crèche. « L’individu qui travaille ici n’est pas considéré comme un numéro », affirme Nouvel l’hédoniste, convaincu que « lier plaisir et travail est aujourd’hui trop rare »

La philharmonie à la villette

Harmonie, dysharmonie, Nouvel connaît la musique. Son projet s’inscrit comme une symphonie dans l’espace urbain, un objet des plus étranges avec son toit ailé aux allures de coiffe de nonne, accessible aux promeneurs. De là-haut, à condition de ne pas avoir le vertige, ils pourront contempler les allées du jardin de la Villette et le périph’. « Dans le mot philharmonie, on peut facilement lire l’amour de l’harmonie », observe le maître d’oeuvre. Il affirme avoir conçu ce nouveau temple musical, attendu pour 2012, « comme un événement prestigieux qui entretient des relations harmonieuses avec le parc de la Villette, la Cité de la musique et le boulevard périphérique ». Avec cet édifice comportant, outre une salle de 2 400 places, des salles de répétition, des espaces d’exposition, un restaurant, une brasserie, des commerces, Nouvel entend solliciter tous les sens. Pas seulement l’oreille. D’où l’utilisation d’une fonte d’aluminium aux tons nacrés chatoyants. Sur les 58 400 mètres carrés de bâtiment, la surface dite « utile » n’est que de 37 400 mètres carrés. En cela Nouvel fait du Nouvel. Budget prévisionnel de l’opération : 200 millions d’euros financés selon un partenariat public-privé.

La gare d’Austerlitz

C’est un chantier de longue haleine. Et le moins avancé. La restructuration de la gare d’Austerlitz prévoit l’aménagement de ses alentours jusqu’au bord de Seine, la création d’espaces verts et la construction de 40 000 mètres carrés de bureaux. Tel est le programme des réjouissances annoncé, mais encore susceptible de notables modifications. Des logements pourraient y trouver leur place. Rien de définitif à ce stade. Nouvel travaille avec son associé Jean-Marie Duthilleul. Le moment n’est donc pas venu, pour eux, de disserter sur l’état de leur réflexion. D’autant que, précise-t-on à la mairie de Paris, il reste à boucler le montage financier, qui devrait être exclusivement public. A l’heure où la crise financière frappe de plein fouet les banques, mais aussi le bâtiment, les travaux risquent de prendre du retard. Pas question toutefois de renoncer à cette opération de rénovation de grande ampleur, devenue indispensable pour relier ce coin de Paris à Ivry, juste de l’autre côté du périphérique.

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