Aux portes de Paris

© Le Point, 2008

Le Conseil de Paris a prévu de construire des tours sur six territoires. Dans l’ordre des chantiers programmés : porte de Versailles (15e) : quartier Masséna-Bruneseau (13e), Clichy-Batignolles (17e), porte de la Chapelle (18e), porte de Montreuil (20e) et secteur Bercy-Charenton-quai d’Ivry.

Fini le temps où, après le désastre des années Pompidou, qui avaient vu des quartiers de Paris défigurés par l’édification de gratte-ciel, en particulier sur le front de Seine, le président Valéry Giscard d’Estaing avait stoppé net leur ascension. Le tabou de la hauteur a sauté et avec lui le plafond des 37 mètres pour un immeuble de la capitale, à l’initiative du maire de Paris, Bertrand Delanoë. Plusieurs raisons à cela. « Paris ne peut pas rester une ville du Moyen Age et ne dispose pas assez de foncier disponible », argumente Dominique Alba, architecte, directrice déléguée de l’Atelier parisien d’urbanisme, qui oeuvre pour l’Hôtel de Ville. Faute de place au sol, la seule solution retenue pour accueillir une population croissante dont la progression a été de 1,4 %, soit 30 575 habitants (chiffres Insee), entre 2001 et 2006, c’est le relèvement des hauteurs. Sans aller jusqu’à 300 mètres, assure-t-on. « Que des gens aient un comportement émotif par rapport aux tours, c’est normal , observe Dominique Alba. Mais notre démarche est très pragmatique. » Le coeur de Paris ne serait donc pas concerné. Dans un premier temps, en tout cas, au grand dam de certains architectes.

Mise en scène. Pour Roland Castro, la construction de tours doit être « raisonnée » et répondre à une « mise en scène » qui tienne compte de la perspective, du site et du ciel. « La tour Eiffel a tenu parce qu’elle était provisoire, analyse l’architecte. Quant à la tour Montparnasse, elle est moche, parce qu’elle est sur une dalle et mal posée. » Aussi suggère-t-il, afin de procéder à son rééquilibrage, de la flanquer d’autres tours agrémentées de jardins suspendus, un aménagement présenté comme la panacée à l’heure où la mode est au développement durable.

On n’en est pas là. Le champ d’intervention se concentre sur la périphérie. Inscrits dans une « logique intercommunale », ces projets de tours visent à relier le Paris que nous connaissons aux communes de la petite couronne et à optimiser les équipements collectifs comme les 29 stades existants. Pour les Parisiens, déjà en mesure de faire du footing sur les quais jusqu’à Issy-les-Moulineaux, la barrière du périphérique va sauter à la faveur de son recouvrement partiel. Dressées aux portes de Paris comme pour signifier l’entrée de la capitale, aucune des futures tours ne devrait excéder 200 mètres de hauteur, selon les projets retenus ou encore à l’étude. Quatre des six sites ont, chacun, mobilisé trois cabinets d’architectes qui ont rendu des travaux d’atelier. Ce sont des pistes de travail, élaborées à partir d’un cahier des charges, qui suggèrent de porter la hauteur des immeubles de 37 mètres actuellement à 50 mètres. Le tout dans un espace plus végétal avec la création de jardins, de squares, de parcs. Comme au bon vieux temps. « Il faut renforcer la place de la nature dans Paris », souligne Dominique Alba. Voici, pour la première fois en images, ce que les travaux de réflexion ont donné en 3D.

Porte de Versailles

De 150 mètres de hauteur et 13 de largeur, la tour Triangle, qui doit son nom à sa forme, sera insérée dans le parc des Expositions, perpendiculairement au boulevard, afin de ne pas jeter d’ombre portée sur les immeubles d’habitation en face. La société foncière Unibail, qui en a la gestion et qui en assure le financement à 100 %, prévoit de construire des bureaux, un hôtel, des équipements et des logements. Le projet est confié aux architectes Herzog et de Meuron. Le permis de construire doit être déposé l’an prochain. Livraison prévue en 2013, 2014 au plus tard.

Masséna-Bruneseau

Dans ce quartier baptisé Rive gauche, 140 hectares de terrain en bord de Seine, entre le périphérique et les Maréchaux, vont être aménagés. Les installations industrielles-cimenterie et station-service-et les échangeurs seront déplacés. Cela pour faire place à 160 000 mètres carrés de bureaux, 2 000 logements, des commerces, des petites entreprises, des ateliers, des jardins et un immeuble, au moins, de grande hauteur-de 150 à 200 mètres. Les friches ferroviaires de la SNCF sont appelées à disparaître et les voies ferrées à être recouvertes de dalles. Une tour sera érigée entre le boulevard Masséna et le quai de la Seine. Sa forme ? Réponse sur le papier en 2010 et sur le terrain en 2013-2014. A Tolbiac, tout près, la moitié-seulement-de la halle Freycinet, un joyau de l’architecture XIXe, sera conservée. Dès janvier prochain, début du chantier prolongeant le tramway sur une ceinture de 15 kilomètres, entre la porte d’Ivry au sud et la porte de la Chapelle au nord.

Bercy-Charenton

Ici, la démarche est la même ou presque que celle qui est conduite Rive gauche, juste de l’autre côté de la Seine, sur la zone Masséna-Bruneseau. Couverture d’une bonne partie du faisceau de la gare de Lyon, tour de 200 mètres en perspective pour indiquer le passage de Paris à Charenton. Le chantier sera conjointement mené par les élus des deux municipalités. Mais aucun coup de pioche ne devrait être donné dans ce secteur avant la fin de la mandature Delanoë.

Porte de la Chapelle

Voici un quartier en pleine mutation, après la rénovation particulièrement réussie du 104, nouveau lieu de création artistique, situé rue d’Aubervilliers (19e), dans les anciens locaux des Pompes funèbres. D’ici à 2012, espace Pajol, un collège, un institut universitaire de technologie, un gymnase, une auberge de jeunesse, un jardin public, une bibliothèque et un immeuble de bureaux verront le jour. Le projet est financé par les collectivités. Dans un second temps, la jonction s’opérera entre Saint-Denis, la Plaine, Aubervilliers d’un côté, Paris de l’autre. Les municipalités se sont mises d’accord pour procéder à une « couture urbaine » qui les reliera par-dessus les échangeurs autoroutiers. Ce travail de longue haleine destiné à recréer une vie de quartier avec logements, promenades et jardins, notamment le long de l’autoroute, n’est pas commencé. Mais le périmètre est délimité et des esquisses sortent déjà des ateliers.

Clichy-Batignolles

En lieu et place du village olympique qui n’a pas vu le jour, un parc de 10 hectares en pleine terre sera aménagé sur les 40 du terrain occupé par le groupe Geodis, prestataire de transport et de logistique, et la SNCF. 3 500 logements (50 % social et 50 % privatif) seront construits. Mais foin de l’horizon uniforme : il y aura des tours. « Donnons-nous la liberté d’aller jusqu’à 50 mètres », dit-on dans l’entourage de Delanoë. Avant 2014, la fin de la mandature, le paysage urbain aura donc évolué, des immeubles auront été livrés.

Porte de Montreuil

Les réunions se multiplient avec Dominique Voynet, élue maire de la ville aux dernières élections municipales. S’il est trop tôt pour dire ce qu’il en sortira, il est d’ores et déjà acquis qu’une partie du périphérique sera couverte. De quoi faciliter en surface l’accès au célèbre marché aux puces, les fins de semaine. La rénovation du quartier passe aussi par la création de crèches et de nouveaux équipements. Il y aura des logements, des bureaux, une grande place au niveau de la porte et des tours, certaines de 50 mètres, d’autres pouvant grimper jusqu’à… 70 mètres.

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