Stupeur au ministère, doute en Seine-Saint-Denis

Clarisse Fabre© le monde
Mais qu’est-ce que c’est que cette histoire, enfin ! « , s’agace au téléphone Georges-François Hirsch. Pour le directeur de la musique, de la danse, du théâtre et des spectacles au ministère de la culture, la nouvelle est tout simplement inconcevable : Muriel Mayette, administratrice générale de la Comédie-Française, ne peut pas avoir abandonné l’idée de s’installer à la Maison de la culture de Bobigny (MC93).  » Pas du tout ! On continue à travailler sur cette piste. Le seul lieu possible pour développer le projet de la Comédie-Française, c’est Bobigny « , tranche M. Hirsch, avant d’affirmer qu’il n’a été  » informé de rien « . Muriel Mayette aurait-elle fait volte-face sans prévenir la Rue de Valois ?

Le même étonnement, pour ne pas dire scepticisme, prévaut chez Patrick Sommier, directeur de la MC93 :  » Je ne suis pas du tout au courant « , déclare au Monde celui qui avait dénoncé  » l’OPA  » de la Comédie-Française… Révélé il y a plus d’un mois par la presse, le projet d’implantation de la Comédie-Française à la MC93, préparé sans concertation préalable avec Patrick Sommier, avait déclenché une vive émotion dans la profession, qui redoutait la disparition de ce lieu de création réputé (Le Monde du 2 octobre).
Cinq semaines plus tard, Muriel Mayette abandonnerait ? Trop beau pour être vrai, se méfie-t-on à la MC93. Quant au président du conseil général de Seine-Saint-Denis, Claude Bartolone (PS), principal  » subventionneur  » de la scène nationale, il reste sans voix :  » C’est quand même surprenant d’apprendre la nouvelle par des voies détournées…  »

Muriel Mayette prend donc acte du désaccord exprimé par la troupe de la Comédie-Française, dès le 9 octobre : dans un communiqué voté à une très large majorité, les comédiens estimaient qu’il leur paraissait  » nécessaire de décliner, dans un premier temps, la proposition de l’Etat « .

Contacté mardi 11 novembre, dans la soirée, Denis Podalydès, sociétaire de la Comédie-Française, salue la décision de l’administratrice générale.  » Cette histoire était tellement mal engagée qu’il valait mieux l’arrêter. On ne peut pas prendre un théâtre vivant. Et le projet semblait trop incertain sur les plans juridique et financier « , explique-t-il.  » La Comédie-Française est sous la seule tutelle de l’Etat. Aller à Bobigny signifiait dépendre des tutelles locales, conseil général et mairie. Avec le risque d’aliéner notre liberté. Et avec quel financement ? « , s’interroge-t-il. Aujourd’hui, la troupe  » reprend en main  » la recherche d’une  » deuxième  » salle, annonce Denis Podalydès : une délégation doit rencontrer la ministre de la culture, Christine Albanel, le 12 décembre.

PLATEAU MODULABLE

Depuis des années, la Comédie-Française essaie de trouver à l’extérieur de ses murs un plateau modulable qui soit mieux adapté aux scénographies contemporaines. Ni sa salle Richelieu, ni ses deux filiales – Théâtre du Vieux-Colombier et Studio-Théâtre – ne permettent des mises en scène bifrontales, par exemple. En attendant le lieu idéal, la Comédie-Française conserve ses trois salles.

Si tous les regards se sont tournés vers la MC93, c’est qu’elle possède l’un des meilleurs équipements scéniques de l’Ile-de-France. Mais il va falloir prospecter ailleurs, vraisemblablement.

Le dénouement du feuilleton ne surprend pas Bernard Faivre d’Arcier. Nommé en qualité de médiateur par le gouvernement il y a seulement trois semaines, pour favoriser la collaboration entre la Comédie-Française et la MC93 à l’horizon 2011-2012, il déclare aujourd’hui :  » Chacun a compris que ce projet était une fausse bonne idée.  » Certes, les deux entités pourront envisager des coproductions, dit-il, mais guère plus.  » Bobigny n’est pas en déshérence. La MC93 a son indépendance, ses activités, son festival Standard idéal. Il faut sans doute la resituer dans le Grand Paris. J’y travaille « , indique l’ancien directeur du Festival d’Avignon.  » Quant à la Comédie-Française, nous sommes revenus au point de départ, souligne-t-il. Il faut lui trouver une friche, une salle complémentaire. La Comédie-Française aimerait vivre une issue aussi heureuse que le Théâtre de l’Odéon, lequel a pu récupérer les ateliers Berthier. Sans devoir fusionner avec une autre structure.  »

Clarisse Fabre

 
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