Dallier: « Créer un grand Paris »

Hervé Genot. © le Journal du Dimanche tout droit réservés

Philippe Dallier lance un pavé dans la mare. Chargé d’un rapport sur l’avenir du Grand Paris par l’Observatoire de la décentralisation, le sénateur UMP de Seine-Saint-Denis et maire des Pavillons-sous-Bois veut trancher dans le vif. Pour lui, créer le Grand Paris suppose la suppression des départements de Paris et de la Petite Couronne afin de libérer l’espace et les énergies.

Car selon Philippe Dallier, les dysfonctionnements s’aggravent en Ile-de-France: crise du logement, déséquilibre Est-Ouest, insuffisance des transports. Un Grand Paris au nombre limité de compétences (pour être plus efficace), avec des conseillers élus au scrutin d’arrondissement (pour mieux les responsabiliser). But: donner un nouveau souffle à l’Ile-de-France.

Pourquoi un Grand Paris ?
Le constat part d’une évidence: la région Ile-de-France dysfonctionne. Il faut changer le mode de gouvernance sous peine de paralysie grave. Sur quatre dossiers – logement, transports, activité économique/emploi, sécurité -, l’empilement des structures – communes, départements, région, Etat – n’est pas efficace. Pour résoudre la crise du logement, il faut d’abord des terrains pour construire. Or, la question du foncier reste pendante. Certains départements et la région (de gauche) créent leur agence foncière, d’autres départements (de droite) créent la leur. C’est la dispersion. Le syndicat des transports d’Ile-de-France, l’autorité régionale des transports, ne fonctionne pas de façon satisfaisante. Si la partie Nord et Est de l’Ile-de-France est sous-dotée, Paris se paie un tramway en partie sur des fonds régionaux. La capitale aménage ses entrées de ville sans concertation. Résultat : les banlieusards ne peuvent plus venir à Paris en voiture. Il faut raisonner sur une autre échelle.

Et sur l’emploi ?
On annonce 50 000 emplois supplémentaires à La Défense. Résultat : un déséquilibre encore aggravé entre l’Est (où l’on habite) et l’Ouest (où l’on travaille), posant toujours la question des transports. Là encore, l’échelle est trop réduite. Autre exemple : la sécurité. Un préfet de police à Paris, trois directeurs départementaux de la sécurité publique : au final, une autorité diluée. Quand les bandes descendent de la banlieue vers Paris, elles se moquent bien de la frontière du périphérique.

Quelle structure et quel périmètre pour le Grand Paris ?
La Conférence métropolitaine, instituée par la Ville de Paris, n’est qu’une instance de dialogue. Créer une communauté urbaine comme à Lyon serait ajouter une couche au mille-feuille. J’y suis opposé. Je suis pour un système allégé à trois échelons : proximité (communes), intermédiaire (Grand Paris), Etat. Je suis pour la suppression des départements et une redistribution de leurs compétences sur les trois échelons. Je vois le Grand Paris sur le périmètre dense, doté d’une géométrie capable de régler les problèmes : Paris, Hauts-de-Seine, Seine-Saint-Denis, Val-de-Marne.

N’est-ce pas recréer l’ancien département de la Seine ?
Non. Il était géographiquement plus limité. Avant 1964, il ne couvrait par exemple qu’une partie de la Seine-Saint-Denis. Ce périmètre éviterait l’annexion par Paris de certaines communes immédiatement proches du périphérique. Il y aurait, de toute façon, refus farouche de ces communes.

Comment faire vivre ce Grand Paris ?
D’abord par la démocratie, ensuite par des compétences bien identifiées. Les citoyens doivent avoir un lien direct avec le Grand Paris. Aussi le mode d’élection des élus doit-il être le plus direct possible : un scrutin d’arrondissement au sein de cantons élargis. Pas de scrutin de liste à la proportionnelle comme pour l’élection de la région. Car, à cet échelon intermédiaire, il faut un lien concret entre l’élu et le terrain. Des conseillers qui éliront un président du Grand Paris.

Quelles compétences pour ce Grand Paris ?
En nombre limité, pour bien s’y consacrer : logement, transports, économie/emploi, sécurité. Pour le logement, trouver des terrains pour construire grâce à un véritable établissement public foncier. Et instituer une véritable mixité sociale au niveau du Grand Paris en sortant du cadre communal de la loi SRU (20 % de logements sociaux dans une ville). Il est impossible de continuer d’empiler les couches de pauvreté aux mêmes endroits. On va droit à l’explosion sociale en Seine-Saint-Denis.

Et sur les transports ?
Le projet de Métrophérique m’inquiète. Etant coûteux, il n’y aura plus de crédits pour faire autre chose ailleurs pendant des années. Or, des zones dans l’Est et le Nord parisiens sont très mal desservies. Il faut donc une véritable concertation, un équilibre, et que les choix au sein du Stif soient davantage transparents.

Que peut apporter le Grand Paris sur l’activité économique et l’emploi ?
L’Ile-de-France marche sur une seule jambe. Les richesses et l’emploi sont à l’Ouest. La question posée est celle des ressources du Grand Paris. Ce sont les villes de l’Ouest qui ont le plus d’activités (donc de ressources fiscales) qui supportent le moins les problèmes sociaux de l’Est et du Nord. Le système est à bout de souffle. Il faut réformer. Le Grand Paris en est l’occasion. Abaisser les barrières permettrait d’esquisser de nouvelles solidarités pour rééquilibrer

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