Alors, le Grand Paris, pour ou contre ?

© Blog de Jean-Pierre Charbonneau


Prenez position, vite, ou vous serez comme ceux qui ne croyaient pas au chemin de fer !

Etes-vous pour ou contre ? En tant que professionnel, j’ai un peu honte de dire mes doutes, d’exprimer une opinion peu tranchée ; honte aussi d’avoir mis du temps à me faire une idée au milieu du champ des certitudes. Partons d’abord de ce postulat un peu naïf que le Président de la République a lancé ce pavé pour des raisons de fond et non pour prendre le pouvoir sur l’agglomération parisienne.

Un Grand Paris pour quel projet politique ?

En fait, comment avoir une opinion claire sur quelque chose dont on ne connaît pas le contenu, qui est susceptible d’accueillir tout et son contraire. Je peux être pour le Grand Paris ou contre. Tout dépend de ce que l’on met dedans, du projet que l’on poursuit. Qu’y a t’il de commun entre celui de Nicolas Sarkozy et celui de Patrick Braouezec, Président de Plaine Commune ? Dans un cas on imagine des tours, des bureaux, des « Défense bis et ter », leviers du développement d’une puissance économique dont on escompte que la richesse qu’elle créera retombera sur tous (à présent ce qui retombe le plus est la valeur de l’épargne !). Dans l’autre cas, expérimenté déjà sur Plaine Commune, on cherche, grâce à une approche territoriale du développement, à faire face aussi à la pauvreté, à aider les exclus, tout le monde n’étant pas le Rambo de la réussite sociale. Le projet politique est alors la création d’un territoire prospère et solidaire, qui facilite le règlement des problèmes sociaux au lieu de les renforcer. Cet objectif n’est pas naturel, il n’est pas conséquent du seul fonctionnement du marché économique mais vise à l’orienter, à l’infléchir. Il suppose donc de faire de la politique c’est-à-dire de porter un engagement, d’assumer des débats, des conflits. Parler de Métropole renvoie donc à la question : un Grand Paris pour quel projet politique ? Cette question tranchée, l’on pourra en tirer des orientations pour une gestion et des projets adaptés à un territoire déterminé.

L’institution est un outil, pas une fin

Ensuite l’on voit souvent apparaître le thème du statut institutionnel : « il faut une communauté d’agglomération». Elle reprendrait, dans ce cas, des contours proches de feu le département de la Seine. Certes les sujets de l’urbain se traitent à des niveaux institutionnels et territoriaux différents : l’habitat ou les transports à l’échelle de l’agglomération, la proximité au niveau communal, etc. Or, soit ces niveaux sont opérants pour les thèmes à traiter, soit ils ne peuvent pas l’être (ce peut être le cas sur certains champs de l’économie). Il est alors nécessaire de faire évoluer le statut institutionnel sur les sujets défaillants afin de les aborder à la bonne échelle. Mais attention à ne pas faire de réponses trop simplistes, à ne pas mettre en difficulté tout l’édifice pour en réparer une pierre. Une réponse institutionnelle ne résoudra jamais tout. Il est des communautés d’agglomération (et des communes) qui, à compétences égales, fonctionnent bien et d’autres non. Alors pourquoi une réponse de cette nature quand le problème est autant politique comme nous l’avons vu ou même technique ?

Et la compétence des acteurs dans tout cela ?

Car le développement urbain est un sujet complexe mêlant les multiples rôles et fonctions des villes, la diversité des échelles à aborder, et les contradictions inhérentes à toute société humaine. Travailler sur l’urbain est donc un sujet « savant », qui demande des compétences. Les administrations, les maîtres d’œuvre, les bureaux d’études, les écoles ont des capacités professionnelles qui forment les moyens que possède un territoire pour assurer son évolution, au service d’une politique. Ces moyens sont de plus en plus opérants car un savoir-faire s’est construit depuis vingt ans sur le sujet. Mais Grand Paris ou pas, nous travaillons beaucoup dans les villes pour réparer les erreurs passées, non pas seulement dues à la nature des institutions ou aux choix politiques mais souvent liées à l’incompétence ou à des approches verticales abordant une logique seulement et faisant fi de la complexité. Est-il permis d’en parler ou doit-on rester à un niveau très général d’abstraction ?

Des villes humaines, très humaines

Le quatrième pilier du développement est lié à la dimension humaine de l’urbain. Elle peut être positive quand il s’agit de s’appuyer sur les valeurs qui font un territoire, ou toucher à des problèmes très graves comme l’exclusion voir la délinquance ou la drogue. Le choix de la métropolisation ne doit pas oublier cette réalité mais la prendre en compte comme un de ses objectifs fondateurs : comment rendre meilleure la vie des citadins en assurant aussi une solidarité urbaine. Les villes ne sont-elles pas d’abord des sociétés humaines ? Comment le Grand Paris aborde t’il cette question, que doit-on attendre d’une approche à cette échelle territoriale, quel rôle par rapport aux autres partenaires déjà engagés sur ce terrain… ? Alors pour ou contre le Grand Paris ? Manifestement les débats ne pas sont clos. Prenons garde cependant à ne pas nous y perdre ni à y perdre trop de temps ou à trop en attendre car les problèmes urbains non résolus ne font qu’empirer et face à cela, il n’y a aucune solution miracle.

Jean-Pierre Charbonneau, Urbaniste consultant en politiques urbaines ou culturelles à Paris

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