Comment Christian Blanc veut paralyser la gauche

© Le Monde. Béatrice Jérôme

Le secrétaire d’Etat au développement de la région-capitale a convaincu le premier ministre de bloquer le schéma directeur de la Région

« Blanc, on se demande bien ce qu’il fout ! « , s’exclamait récemment un élu UMP de Paris. Christian Blanc, le secrétaire d’Etat chargé du développement de la région-capitale, devait réunir, mardi 23 septembre, l’ensemble des parlementaires d’Ile-de-France, mais aussi le maire de Paris, Bertrand Delanoë, et Jean-Paul Huchon, le président, socialiste, du conseil régional. Le rendez-vous est d’autant plus attendu que bon nombre d’élus de droite de la région expriment leur perplexité, voire leur  » inquiétude « , sur la  » méthode Blanc « .

En mars, l’ancien PDG de la RATP et d’Air France s’est vu confier par Nicolas Sarkozy le chantier du Grand Paris, avec pour mission de rendre la région économiquement plus  » attractive « , pour rivaliser avec les autres  » villes-monde « , et, à cette fin, d’imaginer de nouveaux  » modes d’organisation  » institutionnels de cette collectivité.

Six mois après, M. Blanc, fidèle à son goût du secret, observe toujours le plus grand silence sur ses projets.  » A chaque fois qu’on veut avoir des informations, son cabinet ne nous donne rien « , se désole un conseiller ministériel.  » On guette des annonces. Mais cela commence à faire long « , s’impatiente Philippe Dallier, sénateur (UMP) de la Seine-Saint-Denis, auteur d’un rapport, au printemps, sur le Grand Paris. M. Blanc s’en tient au calendrier qu’il s’est fixé en mai. Fin 2008, il présentera des propositions très  » concrètes  » sur le développement du pôle de Saclay (Yvelines) et sur celui de Plaine de France (Seine-Saint-Denis). Mais il attendra  » fin 2009  » pour dévoiler son  » projet global  » de réaménagement de la région et d’une nouvelle  » gouvernance « .

Dans la majorité, cette dernière échéance paraît d’autant plus lointaine que deux autres ministres, Valérie Pécresse (enseignement supérieur) et Roger Karoutchi (relations avec le Parlement) s’expriment, eux, presque chaque jour sur les enjeux régionaux dans le cadre de la compétition acharnée à laquelle ils se livrent dans la perspective des primaires internes à l’UMP prévues en mars. S’ils se défendent d’être handicapés par la discrétion de M. Blanc, ils n’en sont pas moins prudents sur leur programme, de peur d’être démentis in fine par les annonces du secrétaire d’Etat.

 » Je suis prêt, et j’ai même hâte que nos idées sortent « , répond M. Blanc, dont le cabinet précise qu’il a consulté plus de 200 personnes en six mois. Mais, dit-il,  » – il attend – les conclusions de la consultation sur le Grand Paris « . Lancée par M. Sarkozy, celle-ci réunit dix équipes d’architectes et d’urbanistes qui doivent rendre leurs travaux début 2009.  » Il se peut qu’il n’en sorte rien, comme il se peut qu’il y ait un jaillissement d’idées « , dit-il. Au final,  » le seul vrai pilote du projet sera le président de la République « .

En accord avec M. Karoutchi, M. Blanc a encouragé François Fillon à se lancer dans un bras de fer politico-juridique avec la Région. En jeu : le projet de Schéma directeur de la région Ile-de-France (Sdrif) que M. Huchon s’apprête à faire voter le 26 septembre par la collectivité. Le premier ministre envisage de ne pas transmettre le projet de Sdrif au Conseil d’Etat après son adoption par le conseil régional. Ce qui aura pour effet d’empêcher sa mise en oeuvre.  » Blanc a un ego surdimensionné. Il pense qu’il n’y a que son calendrier qui doit s’imposer « , déplore M. Huchon.

L’arbitrage de M. Fillon ne fait pas l’unanimité au gouvernement. Le ministre de l’aménagement du territoire, Jean-Louis Borloo, imaginait un compromis possible entre la Région et l’Etat.  » Il n’y a pas que des âneries dans ce schéma directeur, ajoute Pierre Bédier, président (UMP) du conseil général des Yvelines, notamment quand il prévoit de reconstruire la ville sur la ville pour éviter l’étalement urbain.  » Le secrétaire d’Etat à l’outre-mer, Yves Jego – qui a renoncé à être candidat à la Région -, estime  » que le PS a beau jeu de dire que la droite bloque le Sdrif pour des raisons politiques « . M. Blanc répète que sa mission de construire un Grand Paris  » se situe au dessus et au-delà des échéances politiques « .

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