Bref échange avec Jean Nouvel, sur le quai de la Gare de Nîmes, au lendemain de la Feria des vendanges

© Blog Olivier Crépin

Jean Nouvel, architecte de renommée internationale, est également un aficionado. Celui qui est parvenu au sommet en 2008 en recevant le prix Pritzker, récompense que l’on peut apparenter au prix Nobel d’architecture, a signé une affiche dédiée à l’une des deux corridas événement de cette Feria des Vendanges, à Nîmes. Il s’agit de la corrida de samedi dernier au cours de laquelle le torero français Sébastien Castella a affronté, seul, 6 toros (« corrida réplique » de la veille où El Juli, avec un autre style et une maîtrise implacable, a triomphé pour mon plus grand plaisir). Ce samedi 20 septembre, les aficionados avaient pu apercevoir Jean Nouvel dans les tribunes des arènes au moment où Sébastien Castella lui a « brindé » un de ses taureaux, en lui confiant samontera.

Nîmes, lundi 22 septembre, 9h45. Je suis sur le point d’embarquer à bord d’un TGV à destination de Paris. L’été est révolu.

Alors que je suis en train de repérer ma voiture sur le quai, j’aperçois une silhouette familière, celle de Jean Nouvel, tout de noir vêtu, jusqu’au couvre-chef. Il a visiblement ramené un souvenir de la cité d’Auguste(probablement un tableau). Je l’aborde tranquillement, me présente: « Olivier Crépin, urbaniste de profession ». Son regard s’anime. J’en arrive rapidement au Grand Paris, sujet que je connais bien, question épineuse sur laquelle le Président de la République l’a missionné aux côtés de 9 autres équipes d’architectes et d’urbanistes. Il m’avoue qu’aujourd’hui, à l’heure de la complexité urbaine (et métropolitaine), il est « devenu impossible de dessiner une ville ». Bel aveu pour un architecte qui passe la majeure partie de son temps à la conception architecturale et urbaine. Moins surprenant, car confirmant ce que je savais déjà, il déclare qu’à ses yeux la « gouvernance » n’est pas une priorité.

Je lui ai aussi confié que j’étais d’accord avec ses récentes prises deposition sur la densité urbaine à Paris intra muros : oui, il est possible de densifier sur le territoire de la commune de Paris, non seulement aux portes des arrondissements périphériques (comme Anne Hidalgo et Bertrand Delanoë l’entendent), mais aussi au dessus des infrastructures ferroviaires (dans le périmètre des gares de l’Est et du Nord, et en couvrant les faisceaux ferrés prolongeant ces deux hubs internationaux). Ce parti pris d’aménagement va manifestement à l’encontre des premières intentions formulées par d’autres équipes dans le cadre de la consultation élyséenne, le renforcement du polycentrisme étant devenu l’alpha et l’oméga de la justice territoriale en Île-de-France. Ce n’est pourtant pas raisonnable et pertinent lorsqu’on sait que Paris a perdu 300 000 emplois en 15 ans, et que dans l’immédiat, sans métro en rocade, la structure radiale des réseaux de transports collectifs ne peut répondre de manière efficace à cet étalement des emplois. Pourtant, malthusianisme économico-urbanistique et museïfication architecturalo-culturelle sont des alliés efficaces contre la vitalité du cœur de la métropole… et l’efficacité économique globale de la France (cf. Laurent Davezies, La République et ses territoires).

http://olivier-crepin.blogspot.com/

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