» M. Delanoë ne veut pas partager la richesse de Paris « 

Béatrice Jérôme. © Le Monde tout droit réservés

ENTRETIEN PATRICK DEVEDJIAN (HAUTS-DE-SEINE)

NICOLAS SARKOZY a relancé avec force, mardi 20 mai, le débat sur les transports en Ile-de-France.  » Si l’Etat doit reprendre la main, l’Etat la reprendra « , a déclaré leprésident de la République, à Orléans, à propos du RER A. La ligne qui traverse Paris d’est en ouest est la plus chargée d’Europe. Une pétition d’usagers circule pour dénoncer la saturation du réseau. Le président (PS) de la région, Jean-Paul Huchon, qui préside aussi le Syndicat des transports d’Ile-de-France (STIF), a aussitôt rappelé que l’Etat,  » seul actionnaire de la RATP « , était comptable des engagements  » non tenus  » de l’entreprise publique.

Dans une interview au Monde, Patrick Devedjian, président (UMP) du conseil général des Hauts-de-Seine, revient à la charge, en imaginant la création d’un  » STIF d’Etat « .

L’Etat doit-il piloter les transports en Ile-de-France ?

L’Etat doit se saisir, d’une façon ou d’une autre, de l’ensemble de la politique des transports dans la région. Le STIF, présidé par Jean-Paul Huchon, n’est pas à la hauteur de la tâche. Dans le cadre du Grand Paris, je propose que l’Etat reprenne en main le STIF et élargisse ses compétences aux grands axes routiers (A86, périphérique…). Il serait alors en mesure de proposer un projet à vingt ans d’équipements, financé bien sûr notamment par les collectivités locales.

La décentralisation du STIF a été engagée par la loi du 13 août 2004. Vous étiez alors ministre. Regrettez-vous cette décision ?

Je ne veux pas revenir au système précédent. Avant 2004, le STIF était déjà dominé par la RATP, qui a ses propres objectifs de développement sans vision globale, et par Paris. Résultat : Paris absorbait déjà l’essentiel des crédits de transports à son profit. Depuis que le STIF est piloté par la région, cela s’est aggravé. Le tramway parisien des Maréchaux a pompé une bonne partie des moyens du STIF, alors qu’il ne profite guère aux banlieusards.

Paris a la meilleure offre de transports du monde et la moins coûteuse pour les usagers. A contrario, les habitants de la grande couronne, souvent plus modestes, payent leur Carte orange deux fois plus cher que les Parisiens pour des transports vétustes qui ne fonctionnent pas.

Faut-il enfouir la RN 13, qui relie Paris à la Défense ? Le nouveau maire de Neuilly-sur-Seine, Jean-Christophe Fromantin (div. droite), ne veut pas  » porter seul  » le projet longtemps défendu par M. Sarkozy.

Le nouveau maire veut que cette autoroute urbaine, une des plus chargées d’Europe, qui traverse sa ville, soit enfouie ; mais il ne veut ni payer ni subir les désagréments des travaux. C’est à mon avis une position un peu démagogique.

Pour le financement, il faut des solutions innovantes, comme par exemple la construction de quatre tours à Neuilly qui rapporterait à la ville de quoi participer au chantier. Le département pourrait aussi contribuer.

Les Hauts-de-Seine partageraient-elles leurs recettes de taxe professionnelle avec Paris et les autres collectivités comme le réclame Bertrand Delanoë, le maire de la capitale ?

Je suis prêt à créer une taxe professionnelle unique. Mais je ne suis pas d’accord pour payer pour la Seine-Saint-Denis par exemple. Les deux départements ont été créés en même temps, en 1967. Ils étaient sur un pied d’égalité. La droite a bien géré les Hauts-de-Seine, la gauche a fait d’autres choix, dont la Seine-Saint-Denis paie les conséquences. C’est un peu sommaire de nous dire aujourd’hui :  » Vous avez bien investi, donnez-nous une part de votre argent pour financer nos politiques sociales ! « 

De même, arrêtons de vouloir punir la Défense au motif qu’elle se développe. C’est le poumon de la croissance en Ile-de-France.

Vous prônez une communauté urbaine pour le Grand Paris. N’est-ce pas illusoire ?

Toutes les grandes villes de France l’ont fait, sauf Paris. Si M. Delanoë est prêt à mettre en commun ses recettes fiscales, pourquoi ne propose-t-il pas de créer une communauté urbaine – qui permet la mise en place d’une taxe professionnelle unique – ? En vérité, il ne veut pas partager la richesse de Paris. La capitale est pourtant une ville de privilégiés. Outre les transports, moins chers qu’ailleurs, les impôts locaux y sont très faibles.

M. Delanoë continue d’enrichir le budget de la ville en transformant des logements en bureaux, ce qui explique que la capitale n’ait que 14 % de logements sociaux. Et qu’une partie de ses habitants sont contraints de se loger ailleurs. En Seine-Saint-Denis par exemple.

 

 

  • Béatrice Jérôme
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