Les mystères du Grand Paris

Jacques Trentesaux, © L’Express

Personne ou presque n’y comprend rien. Et pour cause. Dans ce dossier, les objectifs ne sont pas clairs et les arrière-pensées sont légion. Décryptage

Le Grand Paris, où est-ce ?
A cette question fondamentale, une seule réponse semble possible : cela dépend. Selon le thème traité – logement, transports, développement économique… – l’espace pertinent diffère. Ainsi, 50 % des actifs de l’Oise, en Picardie, travaillent en région parisienne. Comment ne pas les prendre en compte lorsqu’on définit l’offre de transport francilienne ?

Le Grand Paris, qu’est-ce ?
Le 26 juin 2007, Nicolas Sarkozy lançait l’idée d’une communauté urbaine. En clair : un regroupement de Paris et des communes alentour, dirigé par un seul et même homme, comme à Lyon ou à Nantes. Une option radicale – soufflée par son conseiller spécial Henri Guaino – qui n’est plus jamais apparue dans ses interventions ultérieures. « C’était une aberration », assure le secrétaire d’Etat aux Relations avec le Parlement, Roger Karoutchi, qui en a convaincu le président. Elle aurait supposé au minimum l’accord de la moitié des communes concernées. Or… aucune d’entre elles n’y est favorable, selon un sondage de l’Association des maires d’Ile-de-France, effectué du 14 au 22 avril 2008. Elle entraînerait ensuite le versement d’une dotation de l’Etat de plus de 500 millions d’euros. Impensable, en ces temps de vaches maigres.

Combien coûtera le Grand Paris ?
Christian Blanc, secrétaire d’Etat chargé du dossier, l’a vite compris. Le Grand Paris suppose de l’argent, beaucoup d’argent. A lui seul, Métrophérique (une rocade reliant les terminus des lignes de métro) coûte 6 milliards d’euros. Or les caisses de l’Etat sont désespérément vides. Seule solution : le recours au secteur privé. C’est pourquoi le secrétaire d’Etat multiplie les déjeuners avec les grands patrons : Didier Lombard, de France Télécom, Henri Proglio, de Veolia, ou encore Pierre Graff, d’Aéroports de Paris…

Qui serait le chef du Grand Paris ?
Peu familier des arcanes de l’UMP, l’ancien député (Nouveau Centre) Christian Blanc doit slalomer entre les ambitions rivales d’Yves Jégo et de Roger Karoutchi. Deux sarkozystes de la première heure, qui visent l’un et l’autre la présidence de la région Ile-de-France en 2010. Un sport d’autant plus épuisant que Roger Karoutchi était opposé à la création d’un secrétariat d’Etat spécifique. A gauche, il doit compter avec les présupposés inverses de Bertrand Delanoë, qui y voit une extension possible de son influence, et celle du président de la région, Jean-Paul Huchon, qui craint une diminution de la sienne.

Pourquoi Sarkozy tient-il tant au Grand Paris ?
Dans un pays aussi centralisé que la France, l’avenir de la capitale ne sera jamais seulement une question technique. Elle sera toujours politique. Avec Delanoë, Paris est ancrée à gauche. Mais, en banlieue, la droite compte quelques solides bastions (Neuilly, Levallois, Rueil, etc.). Conclusion : en noyant la capitale dans un ensemble plus vaste, l’UMP ne peut-elle pas récupérer la mise ? Au conseil régional, la gauche a déjà fait ses calculs : « Plus le périmètre du Grand Paris sera large, plus la droite sera favorisée. » Le 6 mai, Christian Blanc a déjeuné avec Alain Marleix, secrétaire d’Etat aux Collectivités territoriales, mais surtout grand spécialiste de la carte électorale. L’incontournable Roger Karoutchi était de la partie. Christian Blanc assure que son projet se situe « au-dessus et au-delà des échéances politiques ». Curieusement, beaucoup jugent plus sage d’attendre avant de trancher.

Illustration(s) : P. verdy/afp
Christian Blanc, secrétaire d’Etat au Développement de la région capitale, s’est donné jusqu’à la fin de 2009 pour livrer ses conclusions.

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