Affaibli par les municipales, Nicolas Sarkozy peine à imposer à la droite un Grand Paris

Béatrice Jérôme. © Le Monde tout droit réservés

EXIT LE PROJET de créer un Grand Paris ? Depuis le revers des élections municipales, l’Elysée et la droite parisienne semblent avoir renoncé à sortir leurs ciseaux pour découper une nouvelle structure institutionnelle au coeur de la région Ile-de-France.

Pour renforcer l’attractivité économique de la région et développer son réseau de transports, Nicolas Sarkozy avait pourtant, le premier, en juin 2007, esquissé l’idée de créer une  » communauté urbaine  » à l’échelle de l’agglomération parisienne.

 Dans l’esprit du chef de l’Etat, il s’agissait d’imaginer une solution administrative pour mutualiser les moyens financiers, à l’intérieur d’une zone de 6,5 millions d’habitants. Ce territoire est celui qui connaît le plus d’écarts de richesses entre ses collectivités. Et dispose, en même temps, de la manne des recettes de taxe professionnelle de Paris et du quartier d’affaires de la Défense. Encore faudrait-il dépasser les intérêts particuliers des maires et des départements.

 Or, la droite est sortie affaiblie des élections municipales et cantonales dans la région. Pour M. Sarkozy, il est devenu plus difficile d’imposer aux barons des Hauts-de-Seine ou aux maires UMP de la petite couronne d’aliéner leurs prérogatives – au sein d’une métropole dominée politiquement par Paris et son maire PS, Bertrand Delanoë.  » Si le Grand Paris doit uniquement permettre à la capitale d’exercer son imperium sur les communes limitrophes, j’y suis hostile « , a prévenu, le 17 avril, Roger Karoutchi, président du groupe Majorité présidentielle au conseil régional.

PROJETS FÉDÉRATEURS

Candidat déclaré aux élections régionales de 2010, ce dernier avait promu, en décembre 2007,  » une structure métropolitaine décisionnaire « . M. Karoutchi défendait, la veille des municipales, un  » syndicat mixte  » entre communes à l’échelle de la métropole. Il estime aujourd’hui que pour accélérer les grands chantiers en Ile-de-France, la solution passe  » par une nouvelle impulsion et un investissement financier de l’Etat plus fort « . Plutôt qu’une nouvelle  » gouvernance « , il fonde ses espoirs dans la détermination de Christian Blanc, secrétaire d’Etat chargé du développement de la région-capitale à définir,  » avant l’été « , une  » dizaine de grands projets fédérateurs  » régionaux.

L’idée d’un Grand Paris conserve toutefois un défenseur acharné à droite. Le sénateur (UMP) de Seine-Saint-Denis, Philippe Dallier, propose dans un rapport remis au Sénat, début avril, de fusionner la capitale et ses trois départements limitrophes (Hauts-de-Seine, Seine-Saint-Denis, Val-de-Marne).  » L’Etat n’a plus d’argent « , plaide-t-il. La seule façon de dégager des moyens est de supprimer des échelons institutionnels. M. Dallier assure qu’il n’est pas  » isolé « . Le 14 avril, parmi la centaine de maires, conseillers régionaux ou parlementaires UMP réunis pour l’écouter au conseil régional, pas un ne lui a apporté un soutien explicite.

A gauche aussi, l’idée de créer un Grand Paris continue de diviser. Les Verts et communistes à la Région plaident pour le renforcement de grandes  » intercommunalités  » sur le modèle des  » pétales de marguerite « , autour de Paris. Président du groupe PS au conseil régional, Jean-Paul Planchou a défendu, le 17 avril devant les élus régionaux, un rapport d’experts qui démontre le risque pour la métropole de se couper du reste de l’espace régional. Même avec les fortes rentrées fiscales de Paris et des Hauts-de-Seine, conclut l’étude, l’agglomération ne pourrait à elle seule financer ses transports, ses efforts de logement, ses pôles de recherche. Elle a donc besoin du soutien financier de la région.  » On sort enfin d’un débat cantonné à des slogans faciles « , sur le Grand Paris, s’est réjoui M. Huchon.

  • Béatrice Jérôme
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