Pour le Grand Paris, voir plus large et plus loin

Propos recueillis par François-Xavier Bourmaud, © Le Figaro

Le nouveau président (PS) du Conseil généralde Seine-Saint-Denis propose de s’inscrire dans «le périmètre des cathédrales», de Reims à Beauvais et Orléans.

LE FIGARO. – Que vous inspirent les scénarios qui circulent sur le Grand Paris ?
Claude BARTOLONE. – Une seule question : où sont passés les Franciliens ? Après avoir étudié les différents scénarios, je ne vois toujours pas quelles sont les réponses que l’on souhaite apporter aux préoccupations de nos concitoyens. Du côté de l’Élysée, le président cherche ce qui pourrait le plus ressembler aux grands travaux de ses prédécesseurs, et, du côté de l’UMP, ce dossier devient le cadre des « primaires » des prochaines élections régionales.

Un des scénarios a-t-il toutefois retenu votre attention ?
Pour l’instant, l’ambiance est plus à la lutte des places qu’à la recherche d’une plus grande attractivité et de plus de solidarité. Le projet Dallier correspond à ce que le général de Gaulle avait trouvé, il y a un demi-siècle, trop étriqué. Quant aux propositions de Roger Karoutchi, elles semblent ne viser qu’un seul objectif : ne surtout pas toucher au trésor fiscal des Hauts-de-Seine. Tout cela me paraît relever plus des intérêts particuliers que du développement territorial. Remettons les choses dans l’ordre. Posons-nous la question des besoins et des attentes des habitants, avant de nous poser des questions institutionnelles et technocratiques.

Quelle est votre vision du Grand Paris ?
Si l’on veut trouver le nouvel équilibre pour Paris Métropole, nous devons voir plus large et plus loin. Tous les matins, des gens de Picardie, de Champagne, du Loiret ou de la Seine-Maritime viennent travailler en région Île-de-France en étant confrontés à des problèmes de transport et de déplacement.

On ne peut pas penser le Paris Métropole de demain sans l’inscrire dans un équilibre plus grand, celui du périmètre des cathédrales : Reims, Beauvais, Rouen, Orléans. Pôles d’attractivité économique, réseaux de transports et de déplacements, bassins de vie et solidarité financière sont les quatre points « cardinaux », dans un environnement respecté, autour desquels je définis ma vision. Quels financements et sous quelle forme ? Voilà les questions à poser, pour ne pas renvoyer à cinquante ans la réalisation de tous ces objectifs qui sont dès aujourd’hui nécessaires.

Quelle devrait être selon vous la priorité du Grand Paris ?
Le projet de Grand Paris ne peut se résumer à un périmètre unique qui réponde dans le même temps à la question du logement, du transport et de la justice fiscale ! Alors autant examiner la question projet par projet. Pour le logement, l’application immédiate de l’obligation de construction de 20 % de logements sociaux. Pour le transport, au niveau régional, décidons des différentes formes qu’il doit prendre. Réfléchissons plutôt en termes de déplacements et mettons des tramways, des bus et des métros, mais aussi des routes et des pistes cyclables. Pour la justice fiscale, instaurons une taxe professionnelle unique pour en finir avec cette aberration qui amène dans le cœur de l’Île-de-France, Paris et les Hauts-de-Seine à disposer de 80 % des recettes de la taxe professionnelle pour 60 % de la population, alors que la Seine-Saint-Denis et le Val-de-Marne ne reçoivent que 20 % de cette taxe pour 40 % des habitants. Pour une fois, avant d’imaginer la boîte, définissons le contenu !

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