Ile-de-France – Huchon ne veut pas du « proconsul » Blanc

Nathalie Segaunes, Le Parisien, 28 Mars 2008, © Tous droits réservés

La première fois que Christian Blanc et Jean-Paul Huchon se sont vus, à la fin des années 1970, le premier dirigeait un cabinet d’urbanistes-paysagistes chargé de redessiner un parc de Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines). Le second était premier adjoint du maire de Conflans, Michel Rocard. Blanc intègre rapidement l’équipe Rocard, conçoit « l’appel de Conflans » en 1980, poussant son maître à s’opposer jusqu’au bout à la candidature de François Mitterrand. Le jeune énarque Huchon, moins antimitterrandien, est, lui, au bureau national du PSU. Les deux hommes, confie Huchon, se connaissent alors de façon « très intime », se livrant à une sourde bataille d’influence auprès de l’homme de la deuxième gauche. « Ils se sont toujours marché sur les pieds », résume un rocardien témoin de leur rivalité.

Surprise générale Les deux ex-frères ennemis de la rocardie, dont les chemins ont bifurqué depuis, se retrouvent aujourd’hui face à face pour une partie difficile. A la surprise générale, Nicolas Sarkozy, bien au fait des relations entre les deux hommes grâce à sa conseillère Catherine Pégard, a en effet choisi de nommer Blanc secrétaire d’Etat « chargé du Développement de la région-capitale ». Alors député (Nouveau Centre) des Yvelines, Blanc avait rendu visite au président de la République dès octobre 2007 pour lui faire part de ses idées sur le Grand Paris. Sarkozy envisage en décembre de lui confier une mission sur le sujet, mais Blanc est candidat aux municipales au Chesnay. Paradoxalement, sa défaite ce mois-ci convainc Sarkozy de le nommer au gouvernement pour porter le lourd dossier. La personnalité de Blanc, a priori pas candidat aux régionales, rassure Roger Karoutchi et Yves Jégo, déjà en lice pour défendre les couleurs de l’UMP en 2010. Le choix de Blanc passe mal cependant chez Huchon, président PS de la région Ile-de-France depuis 1998, fermement opposé au projet de Grand Paris, possible collectivité concurrente de la région. « On n’a pas besoin d’un proconsul en Ile-de-France », affirme-t-il, observant que la nomination d’un « ministre à compétence territoriale est une première historique » et « une violation de l’esprit de la loi de décentralisation ». Quant à la personnalité de son vieux rival, Huchon reste sibyllin : « Si je ne le connaissais pas, je dirais qu’il a une bonne réputation »… Blanc a appelé Huchon mercredi matin, les deux hommes sont convenus de déjeuner ensemble la semaine prochaine. Le tout nouveau secrétaire d’Etat a manifestement tenté de rassurer son ex-rival : « Il m’a dit que c’est une affaire de très longue haleine, qu’il n’a pas d’échéance électorale et que sa mission ne se résume pas au Grand Paris », rapporte Huchon. Le tout nouveau secrétaire d’Etat a également appelé Bertrand Delanoë, beaucoup plus ouvert à l’idée d’un Grand Paris et qu’il connaît de longue date. Blanc veut faire du maire de Paris, lui a-t-il confié, un « partenaire privilégié ». Là aussi, un déjeuner en tête-à-tête est fixé. A charge, pour l’homme qui a mis d’accord Jacques Lafleur et Jean-Marie Tjibaou en Nouvelle-Calédonie en 1988 (pour le compte du Premier ministre de l’époque, Michel Rocard), de rééditer l’exploit en Ile-de-France…

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