L’Ile-de-France réorganisée sur des bases nouvelles

Laurence Chavane, Le Figaro, © tout droits réservés

La nomination surprise de Christian Blanc recadre un débat empoisonné sur la recherche de l’efficacité économique dans les villes-capitales comme Paris.

«Fluctuat nec mergitur». Le projet du Grand Paris «flotte et ne coule pas», selon la devise empruntée à la capitale. La création d’un secrétariat d’État «chargé du Développement de la Région capitale», confirme en effet la volonté du chef de l’État de ne pas laisser cette réforme s’enliser, et de relancer la métropole en concurrence ouverte avec Londres, Berlin, New York et Shanghaï.

En confiant ce poste au député Nouveau Centre des Yvelines, Christian Blanc, Nicolas Sarkozy recadre un débat empoisonné sur des bases moins politiques, plus pragmatiques. Blanc présente un parcours éclectique. Ex-adhérent du PS, préfet de Région, avant de réussir à rétablir la paix en Nouvelle-Calédonie, de présider la RATP puis Air France qu’il sauve de la faillite dans les années 1995, cette personnalité indépendante a su être un habile négociateur, à la jonction de l’intérêt public et privé. Il en aura besoin pour mettre à plat la complexe géographie administrative de l’Ile-de-France, face à des élus prompts à confondre la défense de leur tête avec celle de leur territoire.

Auteur d’un rapport sévère sur le développement de la recherche et de l’économie, Christian Blanc dénonça ensuite l’incapacité «proche de la caricature» du gouvernement et des élus à mettre en œuvre les pôles de compétitivité. Dans son livre, La Croissance ou le chaos, publié en 2006 chez Odile Jacob, il décrit une France aveugle face au «mouvement général modifiant en profondeur les règles du développement économique». Son diagnostic qui pointe une organisation administrative centralisée, des universités éparpillées et un tissu industriel manquant de cohérence, appelait déjà la réorganisation profonde de la «Région capitale».

Le Centre d’analyse stratégique qui dépend de Matignon, a publié opportunément, au lendemain des municipales, une étude reconnaissant le «délicat compromis entre l’intérêt local et national» des villes-capitales. «Symboles de l’unité du pays, elles ne sont pas des villes comme les autres», rappelle-t-il, en soulignant que l’étude des règles appliquées à Berlin, Bruxelles, Londres, Washington et Madrid ne permet pas d’éviter la tension permanente. Mais à la différence des villes concurrentes, Paris manque de «dispositif métropolitain de grande envergure» et n’a «que des contacts épisodiques avec les autres collectivités franciliennes» . La capitale française, «frappée d’isolement», doit donc changer d’échelle «en veillant à ce que la formule choisie ne soit pas une source de complexité administrative mais reste lisible pour le citoyen», précise l’étude.

Brillamment réélu, le maire de Paris, Bertrand Delanoë (PS), qui n’a guère tendu la main aux communes avoisinantes, comme en témoigne Vélib’ qui s’arrête au périphérique, reconnaît néanmoins maintenant la nécessité de créer un Paris Métropole et poursuit le débat dans le cadre d’une conférence métropolitaine.

Craintes du côté de la Région

Outre les présidents des départements de la grande couronne qui craignent d’être relégués, le président du conseil régional, le socialiste Jean-Paul Huchon, est le plus réticent à une métropole qui prendrait avantage sur la Région. «Cette création ministérielle ne doit pas être une manœuvre contraire aux lois de décentralisation», prévient-il met­­­tant en garde contre l’«affaiblissement de la Région et de la Ville de Paris».

Au sein même de l’UMP, les visions des deux prétendants à la Région en 2010, Yves Jégo et Roger Karoutchi, s’opposent ; celle du sénateur UMP de Seine-Saint-Denis, Philippe Dallier, qui rendra le 9 avril un rapport pour l’Observatoire de la décentralisation du Sénat favorable à la disparition des trois départements de la petite couronne pour élargir la capitale, également.

Christian Blanc était, pour sa part, partisan de la fusion des départements dans l’ensemble régional, afin de créer une unité de décision entre les deux échelons lorsqu’il participait à la commission Pébereau sur la dette en 2005. Une piste pour la réorganisation de la Région capitale ?

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