Petit Paris deviendra-t-il grand ?

John Lichfield, © Courrier international

The Independent (Londres)

Ma famille et moi-même vivons à l’ombre de l’Arc de triomphe, à Paris, depuis plus de dix ans et jamais il ne nous était venu à l’idée d’en gravir les 288 marches. Finalement, nous nous en sommes donné la peine par un après-midi lumineux de décembre. Du haut du monument, la vue sur Paris est spectaculaire. Mais les neuf dixièmes de ce que l’on peut admirer n’ont rien à voir avec Paris. Les banlieues* parisiennes forment l’essentiel de ce splendide panorama – ces fameuses banlieues qui commencent de l’autre côté du périphérique meurtrier. La ville de Paris est minuscule. Imaginez Londres réduit à l’espace délimité par la Circle Line, cette ligne de métro circulaire qui englobe le centre historique de la capitale britannique, et ajoutez-y un peu de South Bank, la rive sud de la Tamise. Paris occupe 105 km2, contre 1 570 km2 pour le Grand Londres. Immédiatement après le périphérique parisien se dessine un patchwork de 80 villes indépendantes, certaines prospères et ternes, la plupart formant un écheveau d’usines, de bureaux, d’autoroutes, d’hypermarchés, de pavillons et de cités cosmopolites. Il n’existe pas de Grand Paris comme il existe un Grand Londres. Il existe une région Ile-de-France, mais son territoire est trop vaste et ses limites trop confuses pour offrir à ses 11 millions d’habitants une identité propre. Les barrières physiques et psychologiques qui séparent la capitale de sa banlieue expliquent en grande partie les problèmes raciaux et sociaux que rencontre Paris.

La ville historique, superbe mais comme figée dans le passé, souffre aussi. Le « vieux » Paris s’est coupé de la vitalité et de la créativité de sa « jeune » banlieue. Les politiciens, tant locaux que nationaux, se penchent sur le problème depuis des années. Rien n’a été fait. C’est aujourd’hui seulement que l’on s’attèle sérieusement à créer un Grand Paris. Des plans sont en cours qui visent à créer aux portes de Paris d’énormes surfaces de bureaux, y compris un gratte-ciel à la Défense qui promet d’être aussi haut que la tour Eiffel ou, si l’on veut, l’Empire State Building, à New York. En 2012, de plus en plus de Parisiens travailleront en banlieue plutôt que l’inverse. Beaucoup pensent que le temps est venu de mettre de côté quarante années de querelles politiques égoïstes pour enfin créer un Grand Paris. Car, si les limites de Paris ont explosé depuis l’époque romaine, elles sont restées quasi inchangées depuis 1860. En 1964, l’ancien département de la Seine, qui couvrait Paris et sa proche banlieue, a même été divisé en quatre départements, dont Paris. Certains veulent redonner à Paris ses limites d’avant 1964. La population de la capitale passerait ainsi de 2 à 6 millions d’habitants… Mais, la France étant la France, il n’est jamais garanti que les choses se règlent rapidement.

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