L’archi ne suffit pas

Gurvan Le Guec, © Nouvel Obs. 

Entretien avec Laurent Davezies, professeur à Paris-XII

ParisObs.- Vous êtes l’un des spécialistes de l’économie francilienne les plus écoutés. J’imagine que les architectes participant à la consultation internationale sur le Grand Paris ont dû tenter de vous débaucher…
Laurent Davezies.
– J’ai une position globale : il ne faut pas y aller. Un dispositif dans lequel le chef de l’Etat dit «il faut faire le Grand Paris», et où l’on demande à des artistes de produire de grands gestes, me paraît complètement décalé. C’est l’architecture toute-puissante de l’après-guerre qui sème des catastrophes en voulant faire le bien d’autrui. Cela me fait penser au regretté Houphouët-Boigny traçant les plans de sa future capitale avec son petit bâton.

Où est l’enjeu alors ?
Avant de sortir les crayons de couleur, il faut répondre à deux questions simples : qu’est ce qui ne fonctionne pas, et pourquoi le Grand Paris ? On est dans le management territorial, pas dans l’architecture. La formalisation urbaine vient après.

Et donc, qu’est-ce qui ne fonctionne pas ?
Sur bien des points, le débat dépasse largement la question de la métropole. Exemple : il est de bon ton de prôner un développement polycentrique. Mais on ne précise pas que ce modèle repose sur une mobilité résidentielle forte, dont nous sommes très éloignés. Des transports en commun structurants de banlieue à banlieue comme le Métrophérique ne suffiraient pas. Il faudrait agir sur les droits de mutation, les baux, la mobilité au sein du parc social, afin de faciliter les déménagements. Faute de quoi, en étalant l’emploi, vous aggravez surtout la situation des transports. Même chose avec la fiscalité : une taxe professionnelle unique ne serait pas tant favorable aux communes de l’Est, souvent bien dotées en grands équipements. S’il s’agit de redistribuer les cartes, il faut s’attaquer aussi à la fiscalité locale sur les ménages. Et cela relève de la loi, pas du dessin d’architecte.

Inutile alors le Grand Paris ?
Je n’ai pas dit ça. La métropole souffre très clairement d’un problème de gouvernance. L’île Seguin à Boulogne en est la métaphore. Dix ans de concertation entre des centaines d’acteurs pour accoucher… d’un jardin de sculptures. Vu la situation d’urgence, on gagnerait à une simplification. Comment ? Ca reste à déterminer. Pour moi, la Région reste l’échelon le plus pertinent pour des sujets clefs comme les transports ou le logement. Si elle n’a pas pu se faire entendre, c’est que c’est une collectivité encore jeune. Qu’elle intervient essentiellement en cofinancement. Qu’elle peine donc à s’extraire du consensus mou. Voyez le schéma directeur adopté par le conseil régional. Il reste dans une logique de rééquilibrage-saupoudrage. Alors que tout développement repose sur la mise en avant de quelques projets moteurs. C’est en cela que l’intervention du Président sur le Grand Paris me paraît utile. Pas pour dessiner de grands gestes poétiques, mais pour remettre à plat la question du diagnostic.

Gurvan Le Guelec
Paris Obs

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