Parisien ? Non, métroparisien !

Gaël Brustier, animateur de vivremontreuil.net, © Marianne

Paris sera-t-il toujours Paris ? Nicolas Sarkozy a promis, une fois de plus, de briser des tabous et d’imposer des ruptures. Il a promis de s’intéresser à ce qui l’avait toujours indifféré : le devenir de l’agglomération parisienne.

Il aura fallu que cet élu local de la banlieue huppée de Paris accède à la magistrature suprême pour qu’il découvre qu’il existe un vaste pôle urbain et une aire urbaine encore plus vaste confrontés chacun à des défis majeurs. A Roissy, en juin, le président de la République s’est donc saisi de la thématique du Grand Paris, très certainement pour ajouter à une liste déjà longue un effet d’annonce supplémentaire…

 

Logement, transports, urbanisme, environnement… On ne compte plus les sujets qui concernent l’agglomération dans son ensemble, mais ne sont réglés que commune par commune, ou par des structures intercommunales aux périmètres variables.
De quoi souffre l’agglomération parisienne ? Et surtout quelles solutions doivent être envisagées ? Vu de l’autre coté du périphérique, le débat est certes moins germanopratin mais plus concret et… plus vital !

Depuis plusieurs décennies, un processus de ségrégation sociale est à l’œuvre. Les couches populaires ont été patiemment et volontairement reléguées sur les franges périurbaines de l’aire urbaine parisienne. Comme l’ont souligné les géographes Christophe Guilluy et Christophe Noyé, le processus s’est propagé depuis les quartiers populaires du centre de Paris jusqu’à toucher la proche banlieue puis la grande couronne. Cette dynamique de ségrégation spatiale touche désormais les classes moyennes, dont les horaires de transport pour rallier leur lieu de travail ne cessent de s’allonger. S’ajoute à ce processus sociologique extrêmement puissant une incapacité des pouvoirs publics à s’y opposer et une absence de volonté politique sidérante. Il faudra pourtant définir un destin à l’agglomération parisienne et faire en sorte que ce destin ne soit pas celui de la relégation sociale d’un nombre toujours plus grand de nos concitoyens.

En relançant le serpent de mer du Grand Paris, Nicolas Sarkozy pratique comme à son habitude, suivant son éminence grise, Henri Guaino. Il pointe un vrai problème : Paris et son agglomération souffrent des mêmes maux dans plusieurs domaines – transports, logement, environnement, urbanisme – et pâtissent d’une absence d’organisation pour y faire face. Il apporte également une fausse bonne solution – un Grand Paris annexionniste – qui camoufle mal sa volonté de livrer cette métropole urbaine à son camp… Car, chez Sarkozy, quand on voit grand, c’est avant tout pour soi-même !

L’idée d’un « Grand Paris » ne doit en effet pas œuvrer contre l’agglomération parisienne, elle doit être à son service. Il n’existe pas un Grand Paris mais différentes visions de ce que peut être, demain, l’organisation de notre métropole. Il y a des priorités, des objectifs politiques sur lesquels le Président ne se prononce pas. En premier lieu, si l’on veut enrayer la spirale ségrégationniste à l’œuvre, il ne faut pas que le Grand Paris fasse œuvre centrifuge et propulse vers les zones périurbaines davantage d’habitants. Si l’idée est de transformer l’agglomération parisienne en un Paris sociologiquement homogène et calqué sur son centre, c’est une utopie particulièrement effrayante, car porteuse d’importants désordres sociaux et… politiques ! Corrélativement à ce refus d’accompagner la spirale ségrégationniste, il faut préserver l’identité de nos banlieues. Paris est devenu un « centre prescripteur », où la loi du profit semble triomphante. Il n’est pas indifférent de protéger les villes alentours de cette influence. L’expérience du cinéma Le Méliès à Montreuil s’est développée justement parce qu’il s’agissait de Montreuil et non d’un arrondissement parisien, d’un lieu de liberté où le lien social est resté fort ! De même, lieux de mixité sociale et d’innovation culturelle, un grand nombre de villes de banlieues n’ont rien à gagner à une gentrification accélérée et au modelage de leur ville selon les critères adoptés sous l’ère Chirac pour modifier la sociologie et l’urbanisme de la capitale. Les habitants de l’agglomération savent qu’ils habitent la métropole parisienne. Ils savent aussi que si leur identité est métro-parisienne, liée au devenir de l’agglomération, ils n’ont en aucun cas intérêt à devenir parisiens, c’est-à-dire à remettre leur destin à une entité dans laquelle Paris serait hégémonique !

La question du périmètre de ce « Grand Paris » se pose évidemment. Elle ne peut être envisagée, comme semble le faire l’UMP, au prisme des gains ou pertes électoraux que ce périmètre est susceptible d’engendrer. Pour agir sur l’agglomération, il faut s’étendre à toute l’agglomération. L’adhésion volontaire à un éventuel Grand Paris n’est pas pensable car elle manifesterait une propension à se développer de manière inefficiente. Calquer le Grand Paris sur le département de la Seine disparu en 1964 serait totalement inadapté car cela ne répondrait à aucune véritable logique géographique, sociale ou politique… La seule limite logique, efficace et acceptable serait les limites de l’agglomération parisienne, du pôle urbain parisien…

C’est là que la vision de l’architecte Roland Castro est intéressante. Elle part d’une logique d’aménagement initiée par le pouvoir central et définit une nouvelle forme de centralité qui respecterait la diversité sociale. Il s’agirait de tourner la page d’une forme de ségrégationnisme spatial en déménageant des Ministère en banlieue ou en développant de nouveaux transports collectifs (on ne peut faire l’impasse sur le prolongement de la ligne 11 du métro en direction du RER E). Ce « Grand Paris » là se définirait par un urbanisme renouvelé et par des grand projets (Castro cite un tramway circulaire) plus que par une vision institutionnelle. La vision de Roland Castro, compatible avec l’actuelle Conférence Métropolitaine, postule néanmoins une volonté de l’Etat qui dépasse la stratégie des effets d’annonce et qui implique un engagement financier extrêmement conséquent.

L’organisation de l’agglomération parisienne doit allier quête d’égalité et garantie d’une plus grande liberté pour les communes qui en feraient partie. Le seul mérite de Nicolas Sarkozy est d’avoir fait éclater au grand jour les contradictions d’un grand absent de ce débat : l’Etat. Le président de la République a été, dans un proche passé, président du très riche Conseil général des Hauts de Seine. Il ne lui vient très certainement actuellement toujours pas à l’idée que la richesse de ce département, hautement dépendante de La Défense, devrait profiter à tous les habitants de l’agglomération. Quid, en effet, de la taxe professionnelle ? Sa mutualisation ferait œuvre de justice mais l’on peut se demander si le fief électoral de Monsieur Sarkozy est spontanément prêt à cet effort de solidarité. De même, quid d’un engagement accru de l’Etat en matière de transports (dont on ose prétendre que les dysfonctionnements occasionnels seraient dus aux syndicats alors qu’ils sont dus au manque de financement étatique), de logement (dont Madame Boutin feint de découvrir la réalité du problème), d’environnement (alors qu’aucune loi n’est venue réguler la production de déchets) ? L’Elysée, comme en d’autres domaines, n’a sûrement pas de commentaire à faire.

Ainsi, pour les « banlieusards », ceux que l’on peut définir comme « métroparisiens », la question est moins de savoir si, demain, ils éliront le Maire d’un Grand Paris que de savoir si la relégation des classes populaires et des classes moyennes va enfin cesser et si des villes comme Montreuil pourront demeurer des espace à la fois de liberté, de solidarité et de développement culturel. Loin des tentations annexionnistes ou des arrières pensées électoralistes, c’est bien à une organisation respectueuse de la diversité sociale des communes de l’agglomération parisienne qu’il faut réfléchir. Cela implique une volonté réelle d’un Etat républicain véritable et non un babillage élyséen supplémentaire… Le risque actuel c’est de voir le Grand Paris sarkozyen rejoindre l’Union méditerranéenne dans les oubliettes de promesses non tenues et des visions messianiques oubliées.

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