Cohésions sociale et territoriale

© Urbanisme, hors serie n°29 Jacques LEVY, « Une société locale de 11 millions d’habitants… »,

La raison imposerait qu’on vise autant que faire se peut une correspondance entre l’espace de la société urbaine, celui où se jouent les grands équilibres socio-économiques, et l’espace de représentation et de gouvernance de cette société, celui où peuvent se débattre et se traiter les grands enjeux. Dans le même esprit que celui qui préside ailleurs en France, avec des succès inégaux, à la construction des communautés urbaines et des communautés d’agglomération, il serait logique que l’Île-­de-France soit choisie comme cadre géographique du gouvernement métropolitain.

Pourquoi une solution aussi simple et aussi forte est-elle si difficile à obtenir ? On a parfois invoqué une taille trop importante pour permettre une gestion efficace. Cet argument ne fait pas sens puisque, de par le monde, de multiples entités de plus de 11 millions d’habitants existent (États souverains, États fédérés, régions, provinces, aires métropolitaines) et ne soulèvent pas de difficulté particulière. Tout au contraire, si c’est une aire urbaine (et non un ensemble constitué de plusieurs villes et de leurs périphéries), un espace de cette taille possède inévitablement des cohérences et des convergences fonctionnelles, notamment en matière de transports, de logements, de marché, de l’emploi et de réseau commercial, convergences qui appellent des politiques publiques claires mais les rendent aussi relativement plus aisées à concevoir.

 

De fausses objections

On rencontre aussi l’objection selon laquelle la structure centre/périphérie spécifique à Paris empêcherait une gestion unifiée. Cet argu­ment ne tient pas. Paris, comme toutes les grandes villes européennes et la plupart des villes du monde, possède une configuration qui place la plus forte concentration au centre et qui, de la proche banlieue jusqu’aux derniers lotissements périurbains, voit les densités décroître sans discontinuité majeure. Il n’y a aucune spécificité parisienne sur ce point, sinon que, en raison de sa taille, la métropole possède une zone centrale à la fois dense et massive (en gros, les 6 millions d’habitants de Paris et de la « petite couronne »).

Par ailleurs, toutes les analyses convergent pour juger que, du point de vue de la cohésion sociale et politique, il est prudent d’arrimer les franges métropolitaines les moins denses à l’agglomération morphologique et à son cœur. En effet, l’approche inverse– la possibilité de « sécessions» – engendre des effets pervers, en Amérique du Nord comme en Europe, consistant à donner à certains segments de la société le pouvoir de jouer les free riders (« passagers sans ticket ») et de s’exempter du coût des solidarités tout en profitant des biens communs payés par les autres. Il est donc tout à fait logique que l’ensemble de  l’aire urbanisée manifestant une interdépendance constatable participe du même corps politique.

Il existe une vraie coupure physique, mais surtout identitaire, entre Paris et le reste de l’aire urbaine et cela, joint au fait que la commune­-département de Paris, en tant que pôle central riche de sa centralité urbaine, de ses fonctions d’excellence, explique pour partie que l’intercommunalité ait mis longtemps à démarrer: Paris se voyait autosuffisant et la banlieue craignait des relations trop inégales. Mais justement, les choses sont en train de changer à cet égard. Chacun se rend compte que du point de vue tant de la cohésion sociale que de l’efficacité urbaine ou encore de la mobilisation dans un projet commun, toutes choses nécessaires pour que Paris puisse jouer sa partie parmi le cercle restreint des villes mondiales, l’actuelle fragmentation est contreproductive. Du coup, il existe un certain consensus, au moins pour une intercommunalité transpériphérique : dans les différentes solutions envisagées, que l’on choisisse, outre Paris, d’englober dans un nouveau périmètre la proche banlieue, l’ensemble de l’agglomération morphologique ou  l’ensemble, de l’Île-de-France, cela ne change pas grand-chose du point de vue des identités.

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