Vers une conférence métropolitaine

©paris.fr

Un constat

Tout le montre aujourd’hui, la vie des citoyens n’est plus structurée ou déterminée, d’un point de vue territorial, par des frontières administratives ou politiques.
Les exemples sont nombreux et éloquents, on travaille à un endroit, réside dans un autre, développe ses pratiques culturelles ailleurs encore. Ainsi, près d’un million de personnes viennent quotidiennement travailler à Paris et 300.000 parisiens font le chemin inverse vers la banlieue.
Cette réalité, qui a pour corollaire l’explosion de la mobilité, est au cœur des enjeux qui déterminent le visage et l’équilibre futur de la région capitale.
Une nouvelle géographie se dessine, née de l’enchevêtrement des territoires et des espaces vécus par les citoyens.

Cela conduit à une convergence de plus en plus grande entre Paris et la banlieue, on le voit notamment en termes de pression foncière.
Cette réalité est particulièrement saillante dans le cœur de l’Ile de France. Sans que les statistiques parviennent à lui donner des limites formelles, l’agglomération dense qui se détache si vivement de n’importe quelle carte ou photo satellite apparaît bien comme un lieu où se concentrent les enjeux.
Ici, sur moins de 5% du territoire régional, se concentrent 90% des logements sociaux de la région et presque la même proportion des demandeurs, 90% des déplacements en transports en commun, 60% des emplois, et les chiffres sont convergents sur le nombre de chômeurs ou d’allocataires du RMI….

Face à cette situation, quel est le visage de l’intervention publique ? Quelles réponses offrent les acteurs du territoire ? En termes institutionnels l’agglomération regroupe schématiquement 80 communes, 4 départements, des établissements publics de coopération intercommunale, de nombreux syndicats techniques gérant notamment les questions d’assainissement ou de traitement des déchets et bien sûr la Région.
Or, toutes ces échelles institutionnelles ont acquis au cours des décennies compétence et légitimité démocratique et par ailleurs l’attitude de Paris pendant des décennies n’a pas concouru à créer une dynamique de travail en commun.

La prise en compte de cette dimension dans l’action municipale depuis 2001
Ce constat nous le faisions globalement dès 2001, même si il nous semble que cette réalité est chaque jour un peu plus évidente.
C’est pour répondre à ces enjeux que Bertrand Delanoë m’a confié cette délégation.

L’objectif est clair : mettre l’action publique à la hauteur des enjeux que dessine la vie quotidienne des citoyens et tenter par tous les moyens et à tous les niveaux d’interventions de poser les enjeux parisiens à une échelle plus large et de mettre au regard de ceux-ci les interlocuteurs publics nécessaires. En ce domaine, Paris et ses voisins reviennent de loin !

Pendant des décennies, les rapports entre la capitale et ses voisins quand ils n’étaient pas inexistants étaient marqués par la domination ou au mieux par l’ignorance réciproque !
Cette volonté s’articule autour de deux échelles d’action complémentaires :
Nouer un dialogue politique avec les collectivités d’Ile-de-France, construire avec elles des projets partagés
9 chartes de coopération avec des communes 1, bientôt 2 et nous espérons assez vite 3 avec des Conseils Généraux ;
Un travail suivi et concret avec près de 120 collectivités en Ile de France : communes, intercommunalités, départements, Région. Un exemple : en quatre ans, ce sont près de 40 réunions qui ont été organisées avec la Ville de St Mandé ;
Des territoires prioritaires incarnent cette nouvelle démarche. C’est le cas notamment de la Couronne (GPRU, Grands territoires de projets Paris Nord Est et Paris Rive Gauche…);
Une élaboration concertée du PLU.

On pourrait détailler ces différents points. Il en ressort un constat simple. Paris est désormais un partenaire actif, pragmatique et pluraliste de très nombreuses collectivités d’Ile-de-France et notamment des villes et départements de la première couronne.
Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas conflit ou différences d’analyses sur certains sujets. Cela garantit cependant que ces désaccords font l’objet d’un travail en commun pour essayer de les lever.
Indiscutablement notre démarche produit des effets concrets, des dossiers, souvent peu spectaculaires avancent dans l’intérêt commun de Paris et de ses voisins.

Progresser dans la recherche d’une meilleure adéquation entre espace vécu des citoyens et échelle du débat démocratique
Dès 2001, nous savions qu’il fallait travailler à la recherche de lieux de débat et de partage plus large des questions qui nous sont posées en commun.
Malgré nos efforts conjoints, force est de constater que nous ne sommes toujours pas à la hauteur des enjeux.
Le travail commun est encore trop souvent bilatéral entre deux collectivités, soumis au bon vouloir des élus. De nombreux sujets se posent à une échelle beaucoup plus large que celle de seulement deux ou trois collectivités.
Les enjeux se posent à une échelle inédite. Il faut, pour y faire face, concevoir une action des collectivités inédite elle aussi.

Vers une Conférence métropolitaine.

Le débat intellectuel et politique qui s’amplifie et que nous encourageons depuis 2001 est d’une importance capitale. Nous pensons que nous sommes à un tournant important dans la pensée et la pratique politiques. Il est fondamental de saisir cette occasion. Le débat sur la révisons du SDRIF* est une occasion nouvelle de mettre en lumière tous ces enjeux.

Dans le cœur de notre région, les inégalités continuent à se creuser, la ville produite est toujours plus ségrégative.
Face au marché, aux mouvements spéculatifs inouïs qui sont à l’œuvre dans l’agglomération, face aux enjeux que nous posent en commun nos concitoyens, l’atomisation des interventions publiques n’est plus une erreur, c’est une faute.
Toutes les formations politiques ont semble-t-il aujourd’hui pris conscience de cette réalité. Elles proposent des hypothèses d’évolution, imaginent des solutions qu’elles pensent parfois miraculeuses : communauté urbaine, haute autorité de l’agglomération, intercommunalité d’études, les pierres philosophales ne manquent pas.

Pour nous, et nous le disons avec force, la solution ne réside pas dans un projet institutionnel.
Ce serait faire fi de l’histoire politique de l’identité et de la légitimité institutionnelles des collectivités du cœur de l’Ile-de-France que de vouloir fondre tout cela dans un périmètre restrictif et pourrait sembler incarner une forme contemporaine de la volonté parisienne de domination.
C’est pour cela que la municipalité parisienne propose quant à elle la mise en place d’une Conférence métropolitaine, lieu d’échange, de confrontation, de partage, d’analyse.

Elle pourrait regrouper, dans un partenariat très actif avec la Région, les collectivités du cœur de l’agglomération à différentes échelles, communes, départements, intercommunalités, grands syndicats intercommunaux ou interdépartementaux mais aussi d’autres grands acteurs du territoire, notamment des grandes entreprises.
Cette proposition s’est d’ailleurs formalisée dans un vœu adoptée par le Conseil de Paris à l’occasion du vote sur le PLU.
Au cours du débat l’ensemble des formations politiques ont souligné la nécessité de penser différemment les relations de Paris avec ses voisins.

Pierre Mansat

* SDRIF : schéma directeur de la région d’Île-de-France

Source : http://www.paris.fr/portail/accueil/Portal.lut?page_id=95&document_type_id=4&document_id=21823&portlet_id=13549&multileveldocument_sheet_id=3340

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