Paris-Banlieue – Entretien avec Daniel Breuiller, maire d’Arcueil

©Extramuros nº 1, Octobre 2001
(Edité par la Mairie de Paris chaque trimestre, Extramuros est un outil de dialogue et d’information destiné à tous les acteurs franciliens de la coopération métropolitain)

Extramuros: Comment qualifieriez-vous les relations avec Paris?

Daniel Breuiller: L’histoire des relations entre Paris et sa “banlieue” est résumée par le terme de banlieue, le lieu des bannis! Dans le meilleur cas, Paris ignorait “sa” banlieue ou la traitait avec condescendance, nourrissant quelques rancoeurs des villes limitrophes.

Cette attitude semble désormais révolue. D’ailleurs, la coopération intercommunale était (voire demeure) limitée entre villes de “banlieue”. La nécessaire exigence de préservation de l’autonomie communale et de la démocratie semble parfois prétexte à un isolement et au “chacun chez soi”.

Et pourtant, nous partageons les flux automobiles et la pollution, l’affaiblissement du rayonnement parisien en matière de recherche et d’enseignement supérieur induit un affaiblissement de la recherche au niveau régional, les transformations de Paris, le prix du foncier, le niveau de la taxe professionnelle… ont une incidence sur la ville d’Arcueil.

Ce ne sont pas les choix d’Arcueil qui bouleverseront l’avenir de Paris, mais nos destinées sont liées, il conviendrait, plutôt que de s’ignorer, de parler ensemble de projets politiques et de coopérer, avec la certitude qu’une coopération mutuelle et avantageuse est possible.

Extramuros: Pourriez-vous, dès à présent, citer quelques exemples précis de formes de coopération?

Daniel Breuiller: Le développement de la Cité Universitaire Internationale. La Cité U a besoin de s’agrandir, Paris ne veut pas densifier et veut préserver les espaces verts remarquables comme celui de Montsouris.
Dans le cadre de l’Opération de Renouvellement Urbain (O.R.U.) Arcueil/Gentilly/Val de Bièvre, nos villes réfléchissent à l’accueil d’étudiants permettant de traiter des problèmes de mixité social, de vieillissement d’un quartier et de conforter la Vallée Scientifique et Technologique de la Bièvre. Le périphérique ne doit plus être infranchissable et le parc Montsouris doit être plus facilement accessible à nos populations et relié à une éventuelle circulation douce le long des aqueducs.
De nouveaux aménagements urbains et humains deviennent possibles dont chacun tirera bénéfice.

Dans la Vallée Scientifique et Technologique de la Bièvre et à partir de ses atouts (éléments d’identité positive de territoire, de développement économique, de développement de potentiel de recherche), un travail coopératif s’est développé entre élus de l’agglomération Val de Bièvre et leurs collègues des Hauts-de-Seine.
Ce projet s’appuie sur l’ossature d’un réseau remarquable (et historique) d’établissements d’enseignement supérieur et de recherche qui longe le RER B (l’ex-ligne de Sceaux) et sur l’existence de sérieux projets de recherche.
Notre projet avancera d’autant plus que Paris maintiendra et renforcera son attractivité par rapport à d’autres capitales ou régions (Europe/Chine/Canada).

Mais Paris a besoin de ces projets pour ne pas se “muséifier” un peu plus.

Extramuros: À ce titre, quel est le rôle particulier d’une commune comme Arcueil, et plus largement du Val de Bièvre?

Daniel Breuiller: Ces deux exemples illustrent un propos qui se décline de la même façon:
– en terme d’environnement et de transport avec pour frontières le périphérique, les N20 et N7, les autoroutes A6A et B et l’A86, le Val de Bièvre est expert en termes de circulation et de pollution;
– en terme de culture car les villes du Val de Bièvre ne sont pas le réservoir passif de spectateurs des institutions culturelles parisiennes, mais aussi des foyers de création et d’innovation où les Parisiens pourraient s’épanouir aux côtés de ces “étranges habitants” de banlieue. Il y a aussi à Arcueil et en Val de Bièvre des jeunes et des familles qui n’ont jamais mis les pieds au Louvre ou même à Paris.
Cela nécessite des actions communes de part et d’autre du périphérique.

Alors, puisque l’on partage nos fumées, nos spéculations foncières, nos engorgements automobiles, nos développements ou difficultés économiques, ne serait-il pas opportun de parler politique ensemble, c’est-à-dire de coopération culturelle, de développement économique équilibré, de diversification de l’habitat…?

Nous avons entamé ce travail entre communes au sein de l’agglomération Val de Bièvre (185 000 habitants). Nous savons bien que notre agglomération, aussi pertinente soit-elle, ne peut se penser sans dialogue avec nos voisins du Val-de-Marne, des Hauts-de-Seine, de l’Essonne et de Paris!

Il est temps que le dialogue s’engage normalement, de façon respectueuse les uns des autres, sans condescendance ni mépris dans le respect de l’autonomie communale, avec les concitoyens.

Je me suis opposé au projet du Grand Paris, imposant une vision de territoire, mais je m’engage sans état d’âme pour une coopération forte entre communes de la première couronne.

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