La ceinture dans les plans de Paris

Jean-Louis Cohen, Andre Lortie © Des fortifs au périf. Tous droits réservés.

 

 

le-peripherique-de-la-porte-doree-19682A l’échelle de l’agglomération parisienne, le projet directeur approuvé le 21 janvier 1956 propose un système radioconcentrique, dans lequel la ceinture fait figure d’anneau intermédiaire entre des arrondissements parisiens périphérique et une proche banlieue modernisés d’un même geste dont la transformation est programmée. Le dispositif de la compensation et l’utilisation de la ceinture comme épine dorsale d’une opération menée conjointement dans Paris et dans la première couronne, sont confirmée par le PADOG la ncé officiellement le 31 décembre 1958, mais dont l’étude avait de facto commencé en 1955. Approuvé le 6 aout 1960, et coordonné avec le Plan d’Urbanisme Directeur de 1959, le plan d’aménagement et d’organisation générale de la Région envisage alors pour la décennie 1960-1970 une diminution de la densité de Paris intra-muros et la création de noyaux urbains denses dans la proche banlieue, insistant sur l’ouverture de « voies nouvelles » de « dégagement », « conçues et aménagées pour permettre des liaisons faciles et commodes avec le réseau des voies de desserte locale. La « rocade périphérique » est insérée dans le réseau des 1140 kilométrés de voies dont l’ouverture est proposée. Après la création par Michel Debré du District de la Région Parisienne le 4 février 1959 et la nomination de Paul Delouvrier au poste de Délégué Général en 1961, un nouveau seuil est atteint tant en termes d’habitation métropolitaine, puisqu’une hypothèse de forte croissance urbaine est retenue – 14 millions d’habitants sont attendus à l’horizon 2000, qu’en termes de moyens d’invention. Le District accélérera la construction du Périphérique, dont l’emprise est élargie, alors que l’équipe de Delouvrier se consacre à l’étude d’un Schéma directeur d’aménagement et d’urbanisme de la Région parisienne.

Dans le même temps, les multiples projets urbain des architectes parisiens font apparaitre le Périphérique dant chantier s’amorce comme timide, sinon nostalgique. Le « Paris spatial » de Yona Friedmann (1961) superpose à la ceinture une nappe tridimensionnelle comprenant « les diverses fonctions urbaines, tout en permettant le libre échange ou le regroupement des éléments ». Si le « Paris-Parallèle » de Claude Parent, soutenu par l’Architecture d’aujourd’hui (1960), déplace les enjeux vers une grande ville nouvelle située à l’ouest, l’étude d’Albert Laprade et Jean Brasilier associe en 1961 le Périphérique à un réseau d’autoroutes radiales souterraines. Le nouvel anneau autoroutier prend ainsi su fil  de rêveries d’architectes le statut d’une simple maille dans un réseau au potentiel de croissance infinie, tel le « Paris Logique » élaboré par Michel Duplay et des élèves de l’atelier et séminaire Tony Garnier (1962). Il s’insère dans le système linéaire du « Paris M3 » de Walbert Feigelmann et Maurice prévert (1962) ou le Paris multicellulaire de Pail Maymont. Seul, Hensy Bernard fait du périphérique, où les « pénétrantes urbaines » se « nouent » pour ne pas « traumatiser » la ville historique, la structure directrice de son « Paris Majuscule » en hauteur (1968).

« Plutôt que d’en attendre une amélioration timide et couteuse il faut utiliser largement le ciel de cette autoroute urbaine; c’est là qu’il faut faire passer la charrue qui permettra d’ensemencer le sillon d’un nouveau tissu urbain à une échelle nouvelle, sous une largeur de 300 à 500 mètres. »

Loin d’être une poussée soudaine de délire technologique, les grands ponts haubanés du « Super-périphérique » de René Sarger font donc figure en 1969 de prolongement direct des phantasmes mégastructurels échafaudés tout au long des années soixante, en écho aux tentatives similaires poursuivies dans toute l’Europe, aux Etats-Unis ou au Japon. Tout au plus le projet de Sarger a-t-il l’habilité de ne pas effrayer les foules par l’image d’un tissu suspendu débordant latéralement de l’emprise du boulevard.

Parallèlement à ces recherches, le Schéma Directeur adopté en 1965 met en place un cadre relativement solide pour les investissements publics. Sous-tendu par la volonté affichée de « rompre le radio centrisme des infrastructures par de nouvelles lignes régionales de développement » et de « rompre le monocentrisme de l’agglomération », il permet le lancement du double chaplet de villes nouvelles, disposées selon deux axes parallèles à la vallée de la Seine. La logique ainsi affichée aboutira à découpler les grands chantiers publics reportés vers les villes nouvelles, tandis que les rénovations programmées depuis les années cinquante dans la première couronne poursuivront leur chemin.

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