Commission d’extension de Paris

« Dans  Grandes villes et systèmes de parcs, le conservateur des promenades de Paris Jean Claude Nicolas Forestier réserve son attention plus particulièrement à Vienne, mais il n’est pas indifférent par ailleurs à Berlin, qui est une référence essentielle dans le travail de la Commission d’extension de la Préfecture de la Seine, engagé en 1911. Dans le rapport que celle-ci publie deux ans plus tard, Louis Bonnier et l’historien Marcel Poëte étudient le mouvement de la population parisienne au XIXe siècle vers la banlieue, s’aidant de comparaisons avec Bordeaux, Lille, Roubaix ou Toulouse, mais aussi avec Londres et Berlin. Ils suggèrent de tirer d' »utiles leçons de l’étranger », évoquant notamment la création du Verband Groß-Berlin en 1911, qui permet théoriquement de coordonner les stratégies municipales.


Source image: Association Urba+

Dans cette « ville neuve, comparée à Paris et à Londres », ils soulignent les qualités du Tiergarten, de Treptow, du Plänterwald et des autres jardins, vantant « l’excellente répartition des espaces libres, de l’étendue considérable des squares, du développement du réseau des boulevards plantés de Berlin« . En un mot, Berlin est pour eux « une ville modèle sous le rapport de l’hygiène et des espaces libres ».  Le rapport de Bonnier et de Poëte aura le statut d’un document préparatoire pour le concours de 1919 sur le plan d’extension de Paris, qui se fonde tant dans ses objectifs que dans sa méthode sur la consultation organisée en 1910 pour le Groß-Berlin en 1910 (VOIR : Préfecture du Département de la Seine, Ville de Paris, Programme du concours ouvert pour l’établissement d’un plan d’aménagement et d’extension de Paris, Paris, Imprimerie Chaix, 1919). Cette parenté explique entre autres l’intérêt des professionnels allemands pour un concours dont les ressortissants des vaincus de 1918 avaient été exclus…


Plan pour l’urbanisation du « Grand Berlin » en 1917: On espérait de ce concours des propositions permettant de faire de Berlin une ville de rang mondial de 10 millions d’habitants. L’extension en cercles concentriques au-delà des limites de la ville de l’époque devait conduire à la création de secteurs de différentes fonctions.
Source image: Europeanalocal
Le lauréat du concours n’est autre que Léon Jaussely, que sa participation à la consultation berlinoise avait aidé à penser les enjeux métropolitains. Sa vision de l’avenir de Paris n’est pas celle d’une simple entité physique, mais bien d’un dispositif intégrant production et distribution, la connaissance des rapports entre industrie, transports et urbanisation à Berlin filtrant de ses analyses: « Il est nécessaire d’étudier les plans d’aménagement et d’extension qui comprennent la ville comme un organisme d’ordre économique où l’outillage doit être parfaitement organisé, afin que le rendement économique soit maximum. Le principe est simple: il s’agit de transporter à pied d’oeuvre, sans manipulation inutile, les matières premières, de reprendre à l’usine les matières ouvrées pour les exporter; il s’agit pour la consommation d’une ville de se procurer ce qui lui est nécessaire avec le minimum de manutention. Il s’agit en somme d’une taylorisation en grand.« 

La pensée de Jaussely est en l’occurrence proche de celle de Victor Cambon qui, dans un deuxième livre issu de ses enquêtes Outre-Rhin, Les derniers progrès de l’Allemagne, considère Berlin comme une composante de « l’outillage » national, insistant essentiellement sur la qualité et la modernité des services. Une telle problématisation de la grande ville comme dispositif fonctionnel et technique est au coeur de la démarche de des principaux penseurs de l’urbanisme moderne tant à Paris qu’à Berlin.

Approfondissement à propos du projet de Jaussely: En 1919, pour son projet URBS il obtint le premier prix du concours international du plan d’extension de la ville de Paris en collaboration avec Expert et Sollier. Son projet est un accord parfait entre le plan et le rapport. Même si ce projet ne se concrétisera pas, faute d’audace d’initiative et d’ordre de l’administration : « l’auteur, ne propose rien qu’il ne tente de justifier par des chiffres, des démonstrations… Toutes ces questions sont discutées et traitées avec la même conscience et le souci constant de faire une œuvre à la fois grande et durable; la commission a eu l’impression qu’elle se trouvait devant un maître » compte rendu du jury.
Source: Wikipédia
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