Les nouvelles fortifications – Enceinte de Thiers

Renaud Gagneux et Denis Prouvost, © Sur les Traces des enceintes de Paris

Une gestation difficile
Les défaites à répétition aiguisèrent d’autant plus la nécessité de fortifier Paris que les stratégies militaires du moment consistaient plutôt à aller droit sur un capitale et à la maîtriser au plus vite pour provoquer l’effondrement du pays qu’à envahir une province éloignée du centre. Les projets de fortification de Paris se succédèrent et firent l’objet d’interminables polémiques. Deux visions s’affrontaient :


La première reposait sur le principe d’une enceinte unique. Il s’agissait de protéger la ville d’une prise rapide par l’ennemi – sans escompter soutenir un long siège – le temps que les secours affluent du reste du pays pour desserrer l’étau.
La seconde envisageait une enceinte et un système d’ouvrages avancés ; la ville devait être en état de soutenir un véritable siège, les secours provenant de la ville et les ouvrages avancés harcelant les arrières de l’assiégeant.
Ces deux doctrines avaient certes en commun de s’appuyer sur un mur d’enceinte mais les solutions envisagées différaient. Fallait-il fortifier l’enceinte des Fermiers généraux ou construire une nouvelle enceinte englobant les faubourg ? Dans cette dernière hypothèse, à quelle distance de l’enceinte des Fermiers généraux le nouvel ouvrage devait il se situer ?
Les discussions s’éternisaient lorsque la menace d’une nouvelle alliance contre la France, durant l’été 1840, précipita la décision : on construirait une nouvelle enceinte, renforcée par un système d’ouvrages avancés. Les travaux commencèrent la même année et furent terminés en 1844.

L’enceinte bastionnée de 1840
Longue de 34 kilomètres (et même 39 kilomètres en développé, c’est-à-dire en tenant compte des saillants des bastions), l’enceinte comprenait quatre-vingt-quinze bastions. En 1863, elle comportait une soixantaine de portes et poternes en plus de deux passages de canaux et de onze passages de lignes de chemin de fer, enjambant la plupart du temps le fossé par un pont. La fortification à proprement parler occupait une bande de terrain de 140 mètres de large, à l’avant de laquelle s’étendait la zone non aedificandi d’une largeur de 250 mètres.
De l’intérieur de la ville vers l’extérieur, le dispositif était le suivant :
– Une chaussée empierrée (embryon des futurs boulevards des Maréchaux).
– Le talus intérieur dans lequel étaient aménagées des rampes d’accès aux banquettes sur lesquelles prenaient place les défenseurs. Ces banquettes étaient aménagées en retrait d’un large parapet en terre dans lequel s’ouvraient des embrasures de tir. A l’avant du parapet, une tablette surmontant l’escarpe faisait saillie. Elle était équipée dans sa partie inférieure d’un larmier permettant d’éviter que l’eau de pluie ne ruisselle sur l’escarpe.
– L’escarpe, d’une hauteur de 10mètres (aujourd’hui nulle part visible dans sa totalité) à partir du fond du fossé, épaisse de 3,50 mètres, était renforcée à l’intérieur du terre-plein de l’enceinte par des contreforts de 2 mètres tous les 5 mètres.
– Le fossé (aujourd’hui totalement disparu) de 40 mètres de large environ, réduit de moitié à la pointe des bastions, était équipé d’une cunette drainant les eaux.
– La contrescarpe (aujourd’hui totalement disparue) en terre présentait un chemin couvert protégé coté campagne par un glacis en pente douce.
– Enfin, à l’avant, toute construction était interdite dans les 250mètre de la zone non aedificandi.

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