De nombreux élus fâchés par le projet du Grand Paris

© Le Point, 2009

© Montage lepoint.fr

Le Conseil des ministres examine mercredi le premier projet de loi sur le Grand Paris, qui donne de si grands pouvoirs à l’État en matière de transport et d’urbanisme que de nombreux élus de gauche et de droite le vivent comme un dessaisissement et une recentralisation. Convaincu que Paris et sa région, "ville-monde", doivent avoir un "effet d’entraînement" économique et social pour tout le pays, le secrétaire d’État chargé de ce dossier gigantesque Christian Blanc a convaincu le président Nicolas Sarkozy de créer un métro automatique autour de Paris avec "une quarantaine de gares".

Le projet compte ainsi favoriser un "développement économique et urbain structuré autour de territoires et de projets stratégiques" (Roissy, Le Bourget, la Défense, Orly, Marne-La-Vallée, Saclay,…) permettant selon Blanc d’atteindre une croissance de 4 % par an en Ile-de-France d’ici 10 ans et de créer 800.000 emplois en 15 ans. Pour desservir ces pôles, Blanc a prévu une "double boucle" qu’il chiffre à 20,5 milliards d’euros (en investissement seulement), alors que le chef de l’État a validé au total fin avril 35 milliards, incluant le "plan de mobilisation" de la région, qui traite les urgences (RER, ligne 13…).

Tollé à gauche

Le texte a suscité un tollé chez les grands élus franciliens de gauche qui réclament l’approbation du schéma directeur régional (SDRIF) voté il y a un an. Bertrand Delanoë, maire PS de Paris, et Jean-Paul Huchon, président PS de la région, en tête, ont dénoncé une absence de concertation et un "régime juridique d’exception" que le gouvernement justifie par sa volonté d’aller vite (travaux dès 2012-2013, premières sections en 2017). De nombreux élus se sont élevés contre le "dessaisissement du STIF" (syndicat des transports) et la possibilité pour la future Société du Grand Paris (SGP) de mettre la main sur des terrains de 400 à 500 hectares en moyenne, autour des 40 gares. Soit au total deux fois la surface de Paris. "Inacceptable", a jugé Huchon, candidat à sa succession aux prochaines régionales, tandis que sa concurrente Valérie Pécresse (UMP), inquiète, a plaidé pour un "meilleur équilibre" entre les collectivités territoriales et l’État.

François Fillon, à qui l’on prête des ambitions parisiennes pour 2014, a repris un moment le dossier en main, demandant à Blanc d’introduire des procédures contractuelles entre l’État et les maires. Après un clash violent avec son secrétaire d’État, le Premier ministre a promis une mouture finale "remarquable en termes d’équilibre". Mais bénéficiant, selon des sources proches du dossier, d’une intervention élyséenne, Blanc avait retrouvé le sourire vendredi, après une énième modification réintroduisant la possibilité pour l’État de préempter de larges zones autour des gares. Selon cette version, l’État aurait un "droit de préemption principal", aux dépens des maires, dans les "zones d’aménagement différé" (ZAD) que "pourront prévoir" des "contrats de développement territorial" signés entre l’État et les maires pour aménager les quartiers autour des gares.

Déclarés d’utilité publique, les projets d’infrastructures constitueraient un "projet d’intérêt général", passant si nécessaire par des expropriations en extrême urgence. Cependant, la SGP, chargée principalement de réaliser les infrastructures (la RATP étant gestionnaire), ne pourrait conduire des opérations d’aménagement ou de construction que dans le périmètre sur lequel elle disposerait d’un droit de préemption, comme le souhaitait Fillon.

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